07.06.2018 / Articles / Environnement et énergie / Initiative contre le mitage, politique environnementale

Initiative dite contre le mitage : Voulons-nous bétonner le développement du pays ?

L’initiative dite contre le mitage doit être prise au sérieux ne serait-ce que par sa récolte de signature et son soutien dans les milieux environnementaux. Et c’est un Valaisan échaudé par la LAT et l’initiative sur les résidences secondaires qui le dit !

Cependant la démarche repose sur de fausses bonnes idées. A la formule de notre collègue Robert Cramer, conseiller aux Etats écologiste genevois « Voulons-nous continuer à bétonner notre pays ? », je répondrai en prenant ce mot dans son sens figuré « Voulons-nous bétonner le développement du pays ? »

En fait, je vois 4 défauts majeurs à cette initiative.

  1. On semble oublier que le logement est l’un des droit et besoin fondamental de chaque personne. Or comment faire face à l’essor démographique de notre pays lorsqu’il s’agit de geler les zones à bâtir ? Avec la meilleure volonté de densification du monde nous ne pourrons pas faire face au besoin en logement des 11 millions d’habitants estimés pour notre pays en 2045, à moins d’entasser les gens en hauteur comme à Hong Kong ou de limiter massivement l’immigration, ce qui ne semble pas dans les visées politiques des initiants…
  2. L’initiative ne tient pas compte des réalités régionales très diverses de notre pays. L’Ajoie n’est pas Genève, le Haslital n’est pas Baselstadt, le Rheintal n’est pas Lugano. Le relief, les conditions climatiques, le régime de propriété, le type d’habitat, le mode d’organisation sociale, bref tout ce qui fait la diversité mais aussi la richesse de la Suisse nécessite de la souplesse. A aucun moment de l’histoire de notre fédéralisme, nous n’avons cédé à la tentation d’une règle centralisatrice aussi contraignante.
  3. Le processus de lutte contre le mitage est déjà en cours et il convient d’en mesurer les effets. Depuis la mise en vigueur de la LAT, les cantons ont fait de grands efforts et en avril 2019 l’ensemble des plans directeurs aura été validé. Pour certaines communes le déclassement de zones à bâtir est envisagé avec courage, à l’exemple pour le Valais de certains villages de montagne du Val d’Hérens ou même de cités de plaine comme Sierre. Et les résultats sont probants : en 2012-17 la croissance des zones à bâtir en Suisse a été seulement de 1,5% ! Nous sommes très loin des propos alarmistes de certains, ce d’autant plus que les efforts poursuivront avec la mise en consultation de la LAT2.
  4. Enfin on ne peut que s’inquiéter des effets préjudiciables de l’initiative sur l’agriculture ne serait-ce que par l’interdiction en principe d’une production hors sol ou en étage. Nos débats sur PA 2022 et la recherche agronomique ont été significatifs quant à notre réel soutien à l’agriculture. S’il y a une perte croissante de surfaces cultivables et de terres d’assolement, la raison majeure n’est pas le mitage mais les conditions cadres instables de la branche.

S’il convient de stopper le mitage, pourquoi ne pas réfléchir ensemble à une simplification des prescriptions en matière de construction dans les zones déjà construites ? C’est bien cela qui continue de bétonner le développement de notre pays.