29.11.2018 / Articles / Le PDC / Président du Conseil des Etats

Discours sur la place de la Planta à Sion de Jean-René Fournier, président du Conseil des Etats

A l’heure de la pensée unique où tout est lissé, policé en papier glacé et où tout le monde dit la même chose au même moment, nous devons retrouver du sens dans un esprit de liberté !

Monsieur le Président de la Confédération,

Madame la Présidente du Grand Conseil,

Madame la Présidente du Conseil d’Etat, Messieurs les Conseillers d’Etat,

Monsieur le Président de la ville de Sion,

Messieurs les anciens Conseillers fédéraux,

Monsieur l’académicien des beaux-arts,

Autorités politiques fédérales, cantonales et communales,

Autorités religieuses, judiciaires et militaires,

Chers amis,

Mesdames et Messieurs,

Je vous remercie vivement de cet accueil chaleureux – si j’ose parler de chaleur en cette période de l’année ! – que vous me réservez aujourd’hui en tant que Président du Conseil des Etats.

Après avoir parcouru maintes fois la route du Valais à Berne, voilà que je prends cette fois-ci la route de Berne au Valais pour vivre avec vous, pour la 4ème fois dans l’histoire de notre canton, la réception officielle d’un président valaisan de la chambre haute. Je veux rendre hommage ici à mes illustres prédécesseurs, Henri de Torrenté, Marius Lampert et Edouard Delalay. Et ce temps d’accueil éveille en moi trois pensées qui me paraissent résumer un passé politique et éclairer cette année qui m’attend. Et je voudrais que ces trois pensées soient aussi pour chacune et chacun l’occasion de s’interroger sur notre présence ici et dans la société d’aujourd’hui : Quelles sont-elles ces trois pensées ? une reconnaissance bienveillante d’abord, une mission engagée ensuite et une responsabilité déterminée enfin.

Une reconnaissance bienveillante d’abord

Je pense souvent à l’émerveillement qui a bouleversé le poète Rainer Maria Rilke en découvrant le Valais. Il était littéralement fasciné par le paysage valaisan. « Ce n’est pas sans émotion que je viens et reviens en cette terre valaisanne. Car elle est donnée. Avec sa beauté et sa rudesse ; avec ses horizons et ses limites.» Maurice Chappaz disait que « tous les villages avaient été bâtis sur la grâce », sous un soleil limpide et éclatant. Ayons la volonté et la force de conserver ce « don précieux » dans son écrin pour les générations futures. Dans cette terre valaisanne, il y a ce qui se voit, ce dont on parle. Il y a aussi ce qui ne se voit pas, ce qui vient du fond de l’histoire et du tréfonds des cœurs.

Je pense à ses immenses nappes phréatiques cachées sous la plaine. Elles irriguent notre terre comme l’histoire irrigue notre culture : ce sont autant de puits éthiques, culturels et religieux. Et je me mets à rêver de ces eaux anciennes et fraîches à la fois. Et aussi à ces sources jaillissantes, neuves et pourtant séculaires. Monte en moi alors une espérance : j’espère que la jeune constituante sache s’abreuver à ces eaux vivifiantes et non aux citernes stagnantes d’une nouveauté bientôt passée, très vite dépassée et si rapidement trépassée. Au risque, d’illustrer la réflexion un peu cynique de Paul Valéry « La politique est le moyen pour des hommes sans principes de diriger des hommes sans mémoire ». Permettez-moi de rappeler ici avec un brin d’humour la célèbre phrase de Pierre Dac : « Si tous ceux qui croient avoir raison n’avaient pas tort, la vérité ne serait pas loin. ».

Alors, plus que jamais, le courage dans l’action politique doit prévaloir pour éviter le confort des réponses faciles et « à la mode » à l'inconfort des questions complexes. C’est pourtant à ce point de rendez-vous que l’histoire nous attend, en particulier lorsque nous avons des responsabilités politiques.

Une mission engagée ensuite 

Permettez-moi de reprendre à mon compte les mots de John F. Kennedy dans son discours inaugural (20 janvier 1961) : « Vous qui, comme moi, êtes Valaisans, ne vous demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, mais demandez-vous ce que vous pouvez faire pour votre pays. Vous qui, comme moi, êtes citoyens valaisans, ne vous demandez pas ce que la Suisse peut faire pour le Valais, mais demandez-vous ce que vous pouvez faire pour la Suisse et pour le monde ».

Cette responsabilité personnelle est au cœur du développement humain authentique. Elle comprend l’audace d’entreprendre et le courage de l’action. Elle intègre le souci du bien commun et l’attention au plus faible. La politique n’est pas simplement l’art du possible pour satisfaire un électorat mais la volonté d’ouvrir un chemin pour mieux servir ses concitoyennes et concitoyens, afin que jamais, l’on puisse dire de son propre pays « son passé est triste, son présent est tragique, mais heureusement, il n’a pas d’avenir ».

Une ligne claire dans l’action. Le courage de nos opinions même si elles sont à contre-courant. Avoir l’audace d’être si nécessaire d’un « autre courant ». A l’heure de la pensée unique où tout est lissé, policé en papier glacé et où tout le monde dit la même chose au même moment, nous devons retrouver du sens dans un esprit de liberté ! C’est sur ce fondement qu’est né notre pays par le pacte de 1291, cultivons cette liberté qui est un bien précieux.

En toute humilité et intelligence, constatons que toute grande œuvre n’est pas d’abord politique, économique ou technique. Elle est d’abord essentiellement humaine. Et parce qu’elle est humaine, alors elle est aussi politique, économique, scientifique. Parce qu’elle est humaine, elle est créative et entrepreneuriale.

Même à l’heure de l’intelligence artificielle, des algorithmes et du big data, toute œuvre demandera avant tout une intelligence humaine. Celle d’un savoir plein de bon sens et d’intelligence du cœur. C’est cela une grande œuvre humaine : une société bâtie avec tous les talents, les uns avec les autres, dans le but du bien-vivre ensemble les uns grâce aux autres.

Notre modernité, encore trop éblouie par ses propres prouesses, n’a pas encore pris la mesure exacte de ses impasses. Elle est prise entre l’overdose d’un futur annoncé menaçant (il est déjà trop tard) et l’illusion d’une prospective orgueilleusement sans mémoire.

Une responsabilité déterminée enfin

L’homme d’Etat Maurice Schumann disait : “Je préfère un avenir imprévisible à un futur imposteur”. L’avenir est ce que l’on accueille ; le futur ce que l’on planifie. L’avenir c’est la survenance de la vie ; le futur c’est la dominance de la maîtrise. J’aime ce goût de l’avenir, de ce qui advient, de la surprise de la vie dans le cours des choses. Le futur apparaît comme un présent continué ou une histoire que l’on s’invente. Bâtir l’avenir c’est accepter de rentrer dans cette belle, cette grande aventure à laquelle nous avons tous ici été appelés : l’aventure de la vie et j’ose ajouter, même si cela n’est pas fréquent dans un discours politique, de la vie et de l’amour.

Seule une responsabilité renouvelée, voulue et décidée, dans le respect de l’autre, permettra de bannir la tiédeur de nos engagements et de donner aux travaux qui nous attendent, à Berne et en Valais, une dynamique d’avenir.

Chers amis, vous toutes et tous ici réunis,

Le Valais est entouré de montagnes. Il y a plusieurs lectures à cette réalité géographique.

Les uns y voient une cause de notre isolement qui fait dire des Valaisannes et Valaisans qu’ils connaissent très bien la Suisse puisqu’ils habitent juste à côté, en Valais. Le dédoublement du tunnel de base du Lötschberg contribuera certainement à mieux encore se connaître entre confédérés. Il y en a d’autres qui voient surtout les opportunités économiques qu’offrent nos montagnes : tourisme, énergie, agriculture.

En fait, puisque nous sommes entourés de montagnes, en Valais, nous n’avons pas le choix. Depuis tout petit, nous avons appris à regarder vers en haut. Ce qui me permet en conclusion de citer Maurice Zermatten, écrivain et chantre du Valais, je cite : « Au-dessus des villages, la montagne reprend possession du monde. C’est ici que commence la démesure de ce pays. Dans le grand silence de la montagne, il existe un négoce étrange. On peut troquer le tourbillon de sa vie contre l’infinie paix de l’âme. » Voilà notre Maurice Zermatten, promoteur avant l’heure du tourisme doux.

Je termine sur cette note poétique et vous remercie pour votre écoute attentive.

Mes sincères remerciements s’adressent à toutes les autorités présentes sur cette place historique de la Planta pour l’honneur qu’elles me font de leur présence.

Un remerciement particulier aux différents corps de musique de la ville de Sion : l’Harmonie municipale, la Laurentia de Bramois et la Liberté de Salins. Mes remerciements également à la fanfare La Rose des Alpes de Savièse, dont je suis membre honoraire.et aux fifres et tambours de Mission et Ayer avec lesquels je partageais déjà en 2007 la remise de la 14ème étoiles du Valais à Bâle à l’occasion de l’ouverture du Lötschberg.

Enfin, j’exprime ma reconnaissance appuyée aux enfants des écoles et à leurs accompagnants, ainsi qu’à l’ensemble de la population sédunoise et valaisanne, qui après avoir toujours été présente pour moi dans les urnes, est présente aujourd’hui physiquement sur cette place.

Vive le Valais, vive notre Confédération helvétique ! et bonne fête à tous.