06.07.2018 / Articles / Politique extérieure / Union européenne

In puncto… Un été européen

Lorsque le conseiller fédéral Cassis a mentionné en passant, il y a quelques semaines, que l'UE tenait fermement à ce que les mesures d'accompagnement soient assouplies dans le cadre des négociations sur l’accord-cadre, la résistance a été forte et immédiate.

Les syndicats ont présenté la « règle des huit jours », qui permet de planifier les contrôles et d'appliquer les cautions pour les entreprises et les artisans étrangers, comme le cœur des mesures d’accompagnements. Sans cette règle, il n’y aura pas d’accord-cadre. Avec cette règle, il n’y aura pas d’accord du côté de l’UE.

Le Conseil fédéral a chargé les deux conseillers fédéraux PLR Cassis et Schneider-Ammann de rapprocher, au travers des discussions, ce que l'UE veut, mais pas la Suisse, de ce que veulent les partenaires sociaux afin qu'ils tombent d’accord au bout du compte. L'été en Suisse sera marqué, entre autres, par la question de savoir qui cédera, quand et comment. C'est ainsi que les « lignes rouges » risquent rapidement de devenir lettre morte. Le Conseil fédéral s'est engagé dans une impasse en matière de politique européenne. Et le Conseil fédéral l’a fait sans avoir eu besoin de l’UE, de la gauche et de l’UDC. Marquer un tel auto-goal, sans être sous pression de l’adversaire, il fallait le faire.

Ni l'UE ni les partenaires sociaux ne pourront céder sur les mesures d'accompagnement sans perdre la face. Les discussions annoncées entre les conseillers fédéraux et les partenaires sociaux pourraient servir de pommade homéopathique pour préparer l’opinion publique à un futur échec de la Suisse et de l’UE à tomber d’accord en automne sur les principes d’un accord-cadre. Les syndicats ne cèderont que s'ils reçoivent une très importante concession à savoir l'extension des mesures d'accompagnement. Après que Cassis leur ait offert un tel cadeau estival, il ne reste plus qu’à fixer le prix. Cela va coûter cher. L’économie devra refuser cette nouvelle extension des mesures d’accompagnement si elle ne veut pas compromettre le succès de notre marché libéral du travail. Si le monde économique cède, l’ironie de l’histoire aura voulu que ce sont les conseillers fédéraux libéraux-radicaux, portés par une formation politique qui s’autoproclame le parti de l’économie, qui auront détérioré les conditions-cadres économiques. Cassis et Schneider-Ammann n’ont pas fait le travail attendu : avant d’exprimer la moindre velléité de concession envers l’UE, il faut tout d’abord s’assurer de l’implication des partenaires sociaux. Comme cela n’a pas été le cas, ils devront passer quelques heures de colles pendant l’été.

Le Conseil fédéral, d'autre part, devrait se préparer après les vacances au fait que la paraphe de l'accord-cadre ne pourrait pas avoir lieu au cours de cette législature. En 2019 l’UE et la Suisse auront des élections. Ce qui n’est pas la période propice aux compromis. Ce pourrait être un été européen intéressant.

Je souhaite également aux lecteurs de ma chronique un été intéressant mais surtout reposant.