26.04.2018 / Articles / Sécurité sociale / primes d'assurance-maladie, coûts de la santé, Frein aux coûts

La LAMAL est aux soins intensifs. Le remède : lui administrer un frein aux coûts

Notre système de santé est malade. Il est temps de lui administrer un frein aux coûts.

803 francs par mois, voilà ce que coûte par personne notre système de santé. Pour une famille de 4 personnes : 38544 francs par année ! Sur cette somme, une grande partie est à la charge des assurés. Nos primes d’assurance maladie ont augmenté de plus de 300 % depuis l’introduction de la Loi sur l’Assurance Maladie (LAMAL). Une importante minorité de la population doit recevoir des subsides de la part de l’Etat pour pouvoir payer son assurance maladie. Chaque année, le nombre des personnes assistées augmente. A cela, il faut ajouter, la franchise, la quote-part et les frais qui ne sont pas pris en charge par l’assurance de base. Disons-le clairement : qui peut encore envisager sereinement une augmentation des coûts et des primes. La LAMAL est très malade. Elle est aux soins intensifs.

Au lieu de chercher des boucs émissaires (médecins, malades, assurances, pharmaciens, industrie…), de proposer des solutions toutes plus surréalistes les unes que les autres (franchises à 10 000 francs, franchises bloquées 3 ans…), il faut de toute urgence réformer notre système de santé. Les experts ont évalué à 20 % les économies qui pourraient être faites sur les coûts sans toucher à la qualité. Alors qu’attendons-nous pour les mettre en pratique ! Le problème numéro un, c’est que la santé est une incroyable source de profit. Tout le monde y gagne, sauf les assurés. Aucun acteur de ce système ne veut se sacrifier pour les autres. Alors on se méfie, on se regarde en chien de faïence, on se fait des coups tordus, on cherche à devenir les seuls leaders du marché. Pendant ce temps, d’autres groupes économiques lorgnent sur le pactole (la grande distribution, l’industrie alimentaire, l’industrie des machines, les banques...).

Vous admettrez, avec moi, que c’est l’anarchie la plus complète. L’Etat n’arrive pas à réformer ses hôpitaux publics. Il se contente d’une posture très primaire, la fuite en avant. Enfler, copier, faire la même chose que les privés, multiplier les consultations ambulatoires, accepter n’importe quelles urgences. Voyant cela, les privés utilisent la même martingale ; c’est à qui aura le dernier cris des appareils de radiologies, qui aura les locaux les plus modernes, qui aura le plus de cabinets de spécialistes. Sans oublier, l’industrie pharmaceutique qui vend ses médicaments au prix de l’or (un médicament qui vaut 3 francs aux Pays-Bas en vaut 30 francs en Suisse). L’offre devient pléthorique et vous comprendrez aisément que les coûts de la santé prennent l’ascenseur.

Cela suffit. Si nous ne montrons pas intelligents, l’avenir sera à une médecine à deux vitesses, avec des assurances de base remboursant le minimum du minimum et une offre alléchante et élargie des assurances privées. Et là, vous allez vous voir reprocher votre mode de vie. Vous allez être observés, épiés et critiqués. Malus pour les gros, les fumeurs, les gourmands, les rêveurs, les non sportifs.

Vous voulez cela ? Moi pas, mais alors pas du tout. Il faut réagir. Si nous désirons que tous les acteurs de la santé se mettent autour de la même table et négocient, il faut qu’ils sentent que ce n’est plus le moment de rire. Une seule solution : les menacer d’un frein à l’augmentation des coûts de la santé. C’est ce que demande l’initiative du PDC qui sera ouverte à signature cet automne. A partir d’un pourcentage d’augmentation des coûts, des mesures restrictives seront prises par la Confédération ou les cantons. Alors avant de se faire imposer des choses désagréables, travaillons ensemble. Mettons-nous d’accord pour mieux planifier les équipements médicaux, les cabinets, le nombre de spécialistes. Diminuons le nombre de lits hospitaliers en intégrant les cliniques privées dans le système public de santé. Déléguons les compétences. Réfléchissons à l’échelle de la région et non du canton.

Et, nous les médecins, évitons les examens inutiles, les traitements sans évidence thérapeutique. Discutons avec les pharmaciens des traitements les meilleurs et les moins chers. Réapproprions-nous les urgences en ouvrant certains cabinets en fin de semaine et le soir jusqu’à 23 heures pour permettre de traiter les cas urgents simples. Améliorons notre formation continue (un médecin bien formé coûte bien moins cher qu’un médecin mal formé).

Il existe un champ très large de possibles sans devoir toucher à la qualité. Les cliniques privées genevoises, l’association des médecins de Genève, le PLR et le PDC n’ont pas attendu et ils ont tendu à la main au canton pour débuter, cette année, un travail sur les coûts.

Nous pouvons réussir !  

Vous pouvez compter sur moi.