20.04.2018 / Articles / Le PDC / Vizepräsident

Le PDC doit anticiper

Le Ministre jurassien des finances est candidat à la vice-présidence du PDC suisse. Il explique ses motivations, sa vision et ses priorités.

Vous reprenez le poste de Yannick Buttet. N’avez-vous pas peur de vous asseoir sur un siège éjectable ?
N’oublions pas que c’est la fonction de vice-président du PDC Suisse qui est vacante. De toute manière, un poste en vue dans un parti politique quelconque est éjectable. Reste à savoir qui détient la goupille pour l’activer ou pas (sourire). 

Yannick Buttet a dû démissionner pour de multiples accusations de harcèlement sexuel. L’image du PDC en a pâti. Pouvez-vous garantir que ce ne sera pas le cas avec vous? Vous n’avez pas de casserole ?
Vu que j’ai participé à trois élections au gouvernement cantonal, si j’en avais eu une, mes adversaires s’en seraient certainement servis.

Vous êtes le seul à viser la vice-présidence… Êtes-vous un candidat par défaut ?
Je ne sais pas si je suis un candidat par défaut et pourquoi les autres aspirants potentiels ne postulent pas. C’est vrai que je ne fais pas une grande campagne. En fait, c’est plus une mise à disposition de mon parti.

Vous pouvez vivre sans cette fonction ? Cela vous serait égal de ne pas être élu ?
Ecoutez non, ce n’est jamais égal: quand on brigue un poste, on est intéressé à l’occuper. Mais ce que je veux dire, c’est que la vice-présidence ne fait pas partie d’un plan de carrière. Comme pour toutes les autres fonctions que j’ai visées, il s’agit de rendre service à mon parti.

Mais la fonction vous motive-t-elle vraiment ? Ou alors est-on venu vous voir en vous priant d’accepter car personne d’autre n’en voulait ?
Non, la motivation est bien là, car il y a quelque chose à faire pour redorer le blason de ce parti, qui a encore un rôle à jouer sur l’échiquier politique. Il faut parfois des nouvelles têtes. Le PDC peut et doit redevenir une force de propositions, à condition qu’il anticipe un peu certaines décisions.

Le PDC doit-il se positionner plus en amont ?
Oui, et prenez l’exemple des votations populaires portant sur des objets concrets: dans plus de 90% des cas, la population suit le PDC – pas seulement le PDC bien sûr, mais aussi le PDC. A l’inverse, lors d’élections parlementaires où l’on vote une liste de parti, il y a toujours moins de monde qui choisit le PDC. Or, s’il n’y a plus de représentants démocrates-chrétiens, qui va s’engager pour des solutions consensuelles? Nous devons redevenir une force de proposition, et plus seulement une force de synthèse. 

Justement, votre parti travaille-t-il suffisamment en amont dans la grande réforme de l’imposition des entreprises, le Projet fiscal 17, que vous connaissez très bien puisque vous êtes ministre des Finances et président de la Conférence des directeurs cantonaux des Finances ?
Le projet est particulier car il existe des différences de perception entre cantons alémaniques et romands. Certains alémaniques ne sont pas pressés d’agir, tandis que Genève et Vaud veulent aller vite car craignent des départs d’entreprises. Ici, le PDC doit maintenir le difficile équilibre entre l’économie et un électorat plus populaire, qui a rejeté la première mouture de la réforme, la RIE III.

Le PDC ne donne pas l’impression d’anticiper dans le Projet fiscal 17…
Non, effectivement. Mais rappelez-vous du premier projet, la RIE III. Après l’échec en votation en 2017, qu’ont fait les partis? Ils ont demandé aux cantons de formuler des propositions, ce que nous avons fait. Ensuite, on a beaucoup entendu les socialistes et l’UDC, et moins les autres. Le PDC, au moins, a évoqué la possibilité de trouver des alternatives au projet proposé par le Conseil fédéral, notamment dans les mesures sociales. 

Vous n’avez jusqu’ici pas rempli de mandat au niveau fédéral. N’est-ce pas un handicap ?
Non j’amène justement un autre regard. Et je regrette que depuis deux ans, il n’y ait plus de représentant d’un gouvernement cantonal au sein de la présidence du PDC Suisse. Le PDC se veut fédéraliste, il doit donc avoir la voix des cantons à sa tête.

La politique de la présidence d’un parti se fait quand même beaucoup à Berne. Allez-vous briguer un siège aux Chambres fédérales ?
Pour le moment la question ne se pose pas. J’ai une élection à passer le 21 avril devant les délégués du PDC, et suis élu au gouvernement jurassien jusqu’à fin 2020.

Il y a une rumeur insistante qui vous voit bien succéder à Anne Seydoux-Christe au Conseil des Etats, puisqu’elle arrive à la fin de son mandat, limité par la constitution jurassienne…
Il y a toujours des rumeurs et de grands stratèges politiques qui tentent de penser à la place des autres…

Ne pensez-vous jamais au Conseil des Etats: quand vous vous couchez, vous rêvez, vous levez le matin, durant la journée ?
En rêver? Non, j’ai d’autres soucis. Et la journée, j’ai assez d’autres choses à faire. Mais j’observe qu’il y a parfois des opportunités, à chacun de savoir s’il veut les saisir.

Le départ de Yannick Buttet a créé un manque romand à la présidence du PDC. Quelles seraient vos priorités pour représenter les Romands ?
Rappelons tout de même que les sections romandes du PDC ne sont pas toujours unanimes. Après, il y a évidemment des sensibilités différentes des deux côtés de la Sarine, notamment sur l’ouverture au monde. Ou alors concernant la nouvelle définition du parti, «social-conservateur». «Conservateur»: le terme est mal connoté en Suisse romande. Personnellement, je n’y adhère que si on le comprend comme la défense de valeurs traditionnellement suisses: l’ouverture au monde, la responsabilité individuelle, la solidarité ou le respect de l’autre. 

Comment appréhendez-vous la collaboration avec votre président Gerhard Pfister, réputé forte tête comme vous? Doit-on s’attendre à des étincelles ?
C’est souvent de la confrontation que jaillissent les idées (rire). Je n’ai jamais eu peur du débat, qui est essentiel pour consolider les positions à l’interne avant d’aller de l’avant. D’ailleurs regardez le groupe PDC aux Chambres: ça discute sec, mais finalement le groupe est plus soudé dans ses votes qu’il y a cinq ans.

Le PDC traverse une crise depuis longtemps et sa part électorale ne cesse de baisser, sauf le week-end dernier à Genève où il a gagné un siège au Grand Conseil. Que doit faire le parti pour s’extraire de l’ornière? 
En 2017, le PDC a aussi gagné un siège à Neuchâtel. Il faut en tout cas continuer d'aller au contact de la population. Ce n’est que comme ça que l’on pourra définir des thèmes de campagne pour apporter des solutions aux problèmes pesant sur la vie des gens. 

Quelles solutions pour quels problèmes ?
Les coûts de la santé déjà. Je ne crois pas qu’on arrivera à les faire baisser avec les mesures actuelles face à une population qui vieillit et des nouvelles technologies qui coûtent cher. Mais le PDC veut tenter d’endiguer leur croissance, avec une initiative populaire qui sera prochainement lancée. 

Pensez-vous à d’autres thèmes ?
L’emploi des jeunes par exemple. Nous devons veiller à promouvoir correctement la formation, sans coupes budgétaires drastiques. Et il y a aussi le thème cher à d’autres celui de la sécurité et de la migration, qu’il faut démystifier. Sans sécurité, pas de liberté ni de prospérité. D’un côté, la Suisse a bâti sa prospérité sur son ouverture au monde. De l’autre, on ne peut pas accueillir tout le monde.

Entretien réalisé par Philippe Boeglin pour La Liberté, Le Nouvelliste, Le Journal du Jura et ArcInfo.