16.02.2018 Articles Politique des institutions et droit inpuncto

In puncto …. Le monopole de violence

J'ai lu récemment dans un journal que des extrémistes de gauche avaient sprayé la très populaire et fréquentée " Gelateria di Berna ", située en ville de Zurich. Ils ont inscrit sur les vitres les symboles soviétiques désuets de la faucille et du marteau et les slogans " La classe contre la glace " et " Geler la revalorisation ". Ils ont considéré ce " magasin pour nouveaux riches " comme le symbole de la " revalorisation " du quartier.

Rien de nouveau sous le soleil. Les émeutes de 68 ont laissé chez certains retraités ce goût romantique de la révolution, ce qui ne les empêche pas de s’offrir une glace artisanale chère dans une Gelateria. Depuis cette époque, on s'est habitué au fait que la violence contre les biens, parfois contre les gens, est moins problématique si elle est motivée par la « bonne » superstructure idéologique. Le problème est que cette violence a frappé ici un commerce dont l’image au sein des cercles libéraux de gauche est aussi chic que celle des rêveries des anciens de 68 pour certains médias.

Le propriétaire de ce commerce de glaces a dit qu'il ne comprenait pas que son local a pu être la cible d'attaques de gauchistes. Les autonomes se seraient trompé de cible, car il partage certaines des opinions portées par ces vandales qui critiquent le capitalisme. Si nous suivons sa logique : le vandalisme envers un commerçant bourgeois serait moins incorrect. Voilà une formulation qui est dans la droite ligne de 68.

Ekkehard Krippendorf a été l’un des représentants des manifestations estudiantines de la gauche allemande. Il a notamment dit ceci : « La gauche et l’extrême-gauche ont toujours pour elles l’élément de la vérité historique, tandis que la droite et la droite modérée portent en elles la contrevérité et l’injustice ». Le slogan « Détruis ce qui te détruit » est devenu le leitmotiv de ceux qui pensent détenir la seule vérité. Une rengaine qui se manifeste aujourd’hui encore et toujours dans le vandalisme, la violence contre les biens et les personnes et la lutte contre les opinions jugées contraires à la vérité.

Rétrospectivement, cette attitude est l'héritage le plus important de 1968 et le plus dommageable pour la société. Le monopole étatique de l’usage de la force est un fondement indispensable de notre ordre libéral. Le renoncement individuel du citoyen à recourir à la force et l’acceptation d’une résolution pacifique des conflits, même si son opinion personnelle doit être mise entre parenthèses, ont été remis en question. Le consensus autour du monopole de la violence physique légitime a volé en éclat sous les coups de 68. Le fait d’avoir brisé ce tabou a entraîné de graves conséquences qui ont touché avant tout les plus faibles dans notre société.

Le propriétaire de la « Gelateria di Berna », par contre, gagne probablement de l’argent, non pas grâce à la classe ouvrière, mais avec ceux qui voulaient, en 1968, la libérer par leur rhétorique marxiste. Les retraités « révolutionnaires » ont certainement moins de difficulté à s’offrir de tels produits par rapport aux ouvriers. Dans leurs quartiers chics, ces retraités perçoivent aujourd’hui l’absurdité des propos tenus et des actes menés par ces vandales d’extrême gauche, les mêmes qu’ils tenaient dans les années 60. C’est, après tout, une certaine justice historique et une certaine ironie que Marx lui-même n’avait pas imaginé.