19.01.2018 / Articles / Economie / inpuncto, WEF, USA, Chine

À propos ... du WEF, de la vanité et de l'ironie de l'histoire

Avant toutes choses, je tiens à préciser que je n'ai jamais participé au WEF. Tout ce que j'écris à ce sujet est tiré des médias. C'est peut-être la raison pour laquelle je n'aime pas beaucoup le WEF.

Bien sûr, je reconnais l'intérêt économique que présente cette manifestation privée : des hôtels entièrement réservés, la Suisse et Davos offrant une tribune aux « élites », aux « leaders » et à ceux qui veulent s'afficher, les « m’as-tu-vu » comme les appellent les Viennois. Je n'ai jamais entièrement compris pourquoi la majorité de notre Conseil fédéral se faisait à chaque fois un devoir d'honorer de sa présence cette manifestation privée. Quoique, si cela profite effectivement au pays. Cela n'est pas la fin du monde, mais notre pays n'en tire pas vraiment profit. On s'est habitué à ce que les contribuables, année après année, paient de leur poche le coût énorme de la sécurité et à ce que les groupuscules qui gravitent autour du WEF ou de ses participants trouvent toujours une raison pour déclencher des violences, sous l'argument de vouloir manifester. Mais en fait pourquoi l'ONU existe-t-elle encore, si on peut régler à Davos de manière beaucoup plus opaque et efficace toutes les questions importantes en présence de toutes les personnalités importantes de ce
monde ?

Comme chaque année, il y aura encore dans l'édition 2018 un invité qui fera de l'ombre à tous les autres. Quand je vois l'hystérie médiatique que déclenche la visite du président américain, je me demande s'il reste encore un espace pour un autre sujet essentiel. Car toute l'attention des médias et du public sera focalisée sur ce que Trump fera, dira et tweetera à Davos, sur le fait qu'il gratifiera ou non la Suisse d'appellations aussi aimables que celles qu'il a adressées récemment aux pays africains. Ainsi, on continuera à n'avoir d'yeux que pour Trump, on se concentrera sur les apparences, la psychologie et ses tweets, mais pas sur les décisions de son gouvernement ni sur la politique qu'il mène.

Il arrive que le WEF devienne le théâtre de l'ironie de l'histoire. Lors de la dernière rencontre, le chef d'Etat chinois, Xi Jinping, a été au cœur de l’attention. Il a vanté les mérites du libre échange international et a demandé au président américain récemment élu de ne pas appliquer la politique protectionniste promise durant sa campagne électorale. Trump ne s'en est pas laissé conter et a commencé à mettre en œuvre une politique économique patriotique. Si Karl Marx et Adam Smith, assis devant un téléviseur au ciel ou en enfer, regardaient ce spectacle ils s'amuseraient bien de voir cette constellation. Le communiste le plus puissant du monde encourage le capitalisme mondial. Le capitaliste le plus puissant du monde encourage la domestication du marché par des mesures étatiques. Et l'un comme l'autre fait chez soi le contraire de ce qu'il demande publiquement au monde entier.

Les organisateurs du WEF ont déjà laissé entendre qu'il serait envisageable de transférer ces rencontres à New York ou ailleurs si Davos et la Suisse n'étaient plus en mesure, ou enclins, à leur offrir cet excellent cadre. Attendons de voir. Effectivement, cette foire des vanités telle qu'elle est présentée dans les médias y aurait bien sa place. Dans les médias, je ne vois pas beaucoup cette réserve suisse qui est normalement notre marque de fabrique sur la scène politique et économique. Toutefois, l'esprit de Davos n'existe peut-être que là où les médias n'ont pas accès. Et s'il y avait dans cet esprit quand même un peu de réserve suisse, le World Economic Forum présenterait alors peut-être aussi un intérêt pour le monde et pas seulement pour l'économie.