26.10.2017 / Articles / Le PDC / in puncto

in puncto…les perles suisses

Dans quel coin du monde le rachat d’une entreprise innovante, à forte valeur ajoutée, est le plus facile pour un étranger ou un investisseur ? Aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, dans l’Union Européenne ou à Singapour ? Vous avez tout faux. C’est en Suisse. Nous sommes non seulement plus libéraux que les autres pays, mais nous sommes surtout plus naïfs. Jusqu’à présent.

Beaucoup se sont réjouis du rachat, à hauteur de 43 milliards de francs suisse, du groupe Syngenta par le géant de la chimie ChemChina. Il s’agit de la plus grande acquisition jamais réalisée par une entreprise chinoise. La Handelszeitung parlait à l’époque d’une chance pour les investisseurs voulant miser sur Syngenta. La situation est un peu différente aujourd’hui. Les agences de notation remettent en cause la valeur de l’entreprise. Il semble en effet que ChemChina ne dispose pas de garantie de l’Etat et que les fonds qui ont permis le rachat de Syngenta ne sont pas sans risques.

Cette situation n'est pas un cas isolé, ni en Suisse ni ailleurs. Dans l’UE et aux États-Unis, les débats font rage sur la manière de protéger les entreprises stratégiquement importantes d’un rachat par les investisseurs étrangers et en particulier chinois. La Suisse devrait aussi participer à cette discussion. Est-il souhaitable que des sociétés publiques étrangères contrôlent par exemple nos entreprises actives dans le domaine des infrastructures ? Est-il raisonnable que des entreprises suisses, prospères, innovantes sur le plan technologique et bien positionnées sur la scène internationale soient mises sous pression par des investisseurs agressifs intéressés uniquement par les gains à court terme ? Le succès de ces « perles suisses » ne s’explique-t-il pas par un modèle économique construit sur le long terme ? Quelle est la responsabilité réelle d’un actionnaire envers une entreprise ? Nous devons nous poser ces questions au niveau politique.

Christine Lagarde, directrice du Fonds monétaire international (FMI), s’inquiète depuis quelques mois de la trajectoire suivie actuellement par la Chine en matière de politique de crédit et explique que la marge de manœuvre des autorités chinoise sera très faible en cas de crise financière ou de ralentissement rapide de l’économie chinoise. Ce n’est donc pas un hasard si les plus grandes agences de notation ont depuis dégradé la note de la Chine.

Le PDC s’engager pour une économie sociale de marché construite sur les valeurs fortes de prospérité et de justice. Le PDC doit veiller à ce que les entreprises suisses, à haute valeur stratégique ou technologique, puissent repousser les tentatives d’influences agressives, voire le contrôle par des entreprises publiques étrangères. Il s’agit en tous les cas de conditionner un rachat à la préservation du succès durable de l’entreprise. Des emplois, la création de valeur et la prospérité de notre pays sont en jeu. La mauvaise stratégie est une posture libérale naïve qui laisse comme seul maître à bord les forces du marché. Parce que de l’autre côté, vous avez des Etats ou des investisseurs qui considèrent que les marchés ouverts ou les emplois en Suisse ont peu de valeur. Cette attitude libérale naïve est une soumission à la Chine et son capitalisme d’Etat socialiste et aux investisseurs uniquement intéressés par les gains maximums à court terme. S’engager pour les entreprises suisses stratégiquement importantes n’a rien de protectionniste. Il s’agit uniquement de défendre notre économie sociale de marché, un des piliers de la prospérité et de la justice.