07.07.2017 / Articles / Environnement et énergie / Informationstechnologie, Kommunikation, inpuncto

À propos de … La contre-productivité

Pour moi, l’été commence quand arrive le Tour de France et Wimbledon. Permettez-moi, dans cette dernière tribune avant les vacances, de traiter un sujet plutôt éloigné de la politique. La semaine dernière, je me tenais sur une estrade pour traiter des défis de la numérisation. Avant mon intervention, un expert a présenté un exposé passionnant, enrichi de superbes images animées, de graphiques, et de courtes vidéos qui se succédaient sur un grand écran derrière lui.

J'ai pu observer le public. Beaucoup de « participants » étaient occupés avec leur ordinateur portable ou leur iPhone : ils envoyaient des e-mails, écrivaient ou travaillaient. En résumé, personne ne l’écoutait vraiment. Les conséquences et les gadgets de la numérisation, objets de la discussion, empêchaient tout simplement les participants d'écouter l'expert qui parlait de la numérisation, le thème même du congrès pour lequel ils s'étaient soi-disant déplacés. La numérisation, prétendu progrès de la technique, nous fait régresser dans d'autres domaines, comme la capacité de concentration ou la réceptivité.

Un bel exemple de contre-productivité. Dans la NZZaS, l'écrivain, philosophe et entrepreneur suisse, Rolf Dobelli, a récemment mis en lumière le phénomène de contre-productivité et l'inventeur de cette notion, Ivan Illich. I. Illich, dont la famille juive a fui les nazis, prêtre catholique qui renonça au ministère, non-conformiste créatif à nul autre pareil, a osé mettre en cause la foi en le progrès du monde moderne. Et ce, dès les années 1960 – 1970. La technique n'allège pas vraiment notre charge de travail, elle ne nous facilite pas la vie. Bien au contraire : toutes ces évolutions techniques alourdissent parfois notre charge de travail, au lieu de nous faire gagner du temps.

Une présentation PowerPoint est aujourd'hui si naturelle qu'on a beaucoup moins d'efforts à fournir. On obtient donc plus d'attention lorsqu'on y renonce. De nos jours, lorsque vous achetez un nouveau téléviseur, vous ne parvenez à le mettre en service que si vous avez suivi un séminaire en informatique. Dans le cas contraire, cela vous coûte le salaire horaire élevé d'un technicien professionnel ... Je possède deux Alfa Romeo, une Spider de 30 ans et la nouvelle Giulia. La Spider ne rencontre – le cas échéant – que de petites difficultés d'ordre mécanique, que n'importe quel garagiste italien peut résoudre « senza sforzo subito ». La Giulia, elle, ne veut plus rien entendre lorsque le système informatique est défectueux. Une réinitialisation coûte du temps et du travail, ainsi qu'une foi plus fervente en la toute-puissance de la technique, un peu comme celle que vouait le moine médiéval à la miséricorde de son dieu.

Il existe de nombreux autres exemples qui peuvent ébranler la thèse selon laquelle tous les progrès techniques nous permettent de gagner en productivité. Avons-nous vraiment besoin de lire tous nos messages, nos e-mails et toutes les informations directement et en temps réel sur nos smartphones et iPad ? Cela ne nous détourne-t-il pas de la « voie royale », en nous empêchant de travailler de manière concentrée, focalisée et efficace ? Êtes-vous déjà en train d'envoyer des e-mails, ou travaillez-vous encore ? Peut-être mettrez-vous à profit les vacances d'été pour réfléchir aux questions suivantes : en quoi le progrès technologique vous simplifie-t-il vraiment la vie ? Votre vie ne serait-elle pas plus agréable si vous vous passiez volontairement de ces prétendues évolutions ? Dans tous les cas, je vous souhaite à tous d'excellentes vacances ! Agrémentées peut-être de la lecture suivante : Martina Keller-Dietrich : Ivan Illich. Sein Leben, sein Denken. Weitra: Bibliothek der Provinz. 2007. (disponible en allemand seulement