26.06.2017 Articles Formation et recherche formation, Formation universitaire, Union européenne

« En quittant Erasmus, la Suisse risque l’autogoal »

La Suisse est exclue du programme. Cette mesure de rétorsion prise par l’Union européenne au lendemain du oui à l’initiative UDC contre l’immigration de masse avait suscité un tollé dans le pays, notamment dans les milieux universitaires. Trois ans plus tard, alors que les relations sont apaisées, c’est Berne qui décide de suspendre sa participation pour les années 2018-2020. Surpris par cette décision, le conseiller aux Etats PDC fribourgeois Beat Vonlanthen exige des explications. Il a interpellé le Conseil fédéral lors de la session d'été.

Regrettez-vous la décision de suspendre Erasmus ?

Oui, beaucoup. Cette décision est contraire à la politique que le Conseil fédéral a défendue jusqu’ici. Le gouvernement a toujours souligné vouloir mettre la priorité sur la question des échanges internationaux et de la mobilité des jeunes en formation. En ce sens, cette décision est incompréhensible. Elle va poser problème aux Hautes écoles et à leurs étudiants.

N’y a-t-il pas un problème de crédibilité du Conseil fédéral sur ce dossier ?

Je partage cet avis. Le Conseil fédéral a très tôt affirmé qu’il fallait absolument trouver des solutions pour les programmes de recherche et de formation, gelés à la suite du vote du 9 février. Je constate qu’il a surtout travaillé en faveur d’Horizon 2020, laissant de côté la participation pleine et entière à Erasmus +. Aujourd’hui, il affirme qu’il est trop tard pour agir. Mais ce qui est plus inquiétant encore, c’est qu’il laisse planer le doute sur une réintégration en 2021. Ce manque d’approche volontariste me gêne.

Vos inquiétudes sont-elles partagées par les milieux
académiques ?

La Conférence des recteurs des universités a très clairement manifesté son mécontentement. Quant aux jeunes qui viennent de lancer une pétition, c’est évident aussi qu’ils désapprouvent ce choix. Tous revendiquent une participation pleine et entière au plus vite.

Faut-il que la Suisse réintègre le programme en 2021 ?

C’est indispensable, et je le dirai à Johann Schneider-Ammann qui est responsable de ce dossier. Je pars aussi du principe que la commission compétente du parlement mandate le Conseil fédéral en ce sens. Il faut aller de l’avant et préparer cette collaboration pour 2021. Les seules questions financières ne peuvent pas être mises au centre de la discussion. Si on veut donner une priorité à la formation et aux échanges internationaux d’étudiants, il faut avoir le courage de s’en donner les moyens.

Article publié dans la Tribune de Genève du 14 juin 2017

Auteur

Beat Vonlanthen
Fribourg (FR) fr

Person Functions Ancien Conseiller aux États