06.06.2017 Articles Service public & transports la poste, Ordonnance sur la Poste, Service universel, Régions périphériques

« Toutes les régions ont droit au service universel »

La transformation du réseau de La Poste agite le Parlement. Le Conseil national a accepté une motion qui exige que les critères d’accessibilité des offices soient fixés au plan régional. La droite a aussi fait passer un texte visant à favoriser la concurrence. Interview du Grison Martin Candinas, membre de la présidence du PDC.

Que va changer le fait de fixer les critères d’accessibilité au plan régional ?

Aujourd’hui, l’ordonnance sur la Poste dit que 90 % de la population du pays doit avoir accès à un office de poste en 20 minutes à pied ou en transports publics. Le service des paiements devant être quant à lui atteint en 30 minutes. Ce principe ne représente pas la réalité et la diversité de la Suisse. Nous voulons donc que cette limite de 90 % soit atteinte dans toutes les régions, aussi bien dans les centres qu’en périphérie.

Faut-il comprendre cette décision comme des représailles aux annonces de fermeture d’offices ?

La situation actuelle nous préoccupe, c’est vrai. Mais cette décision ne doit pas être vue comme une tentative désespérée de maintenir à flot La Poste de grand-papa. Ce que nous revendiquons, c’est que l’accessibilité soit garantie partout, aujourd’hui comme demain.

Est-ce au Parlement de dire à la Poste ce qu’elle doit faire ?

Nous ne disons pas à la Poste comment elle doit s’organiser, nous fixons des critères à atteindre. La Poste doit fournir l’ensemble de ses services dans toutes les régions. Elle peut recourir à des bureaux traditionnels ou à des agences postales pour le faire. C’est son choix. Mais ces agences doivent réellement offrir les différentes prestations d’un service universel.

Le problème n’est-il justement la définition du service universel ?

C’est clair que la définition n’est pas facile. Chacun à sa propre vision de ce que doit être un service universel. Pour ma part, j’ai l’impression que les gens attendent du géant jaune qu’il fournisse les mêmes prestations, indépendamment de la région où ils habitent.

Le Conseil national a aussi décidé qu’il fallait plus de concurrence. N’est-ce pas contradictoire ?

Vous avez raison. Je me suis d’ailleurs prononcé contre cette proposition. Si on veut garantir une poste forte, on ne peut pas laisser la voie libre à une trop forte concurrence. Si on libéralise davantage le marché, le géant jaune devra jongler avec des critères d’économie. Il essaiera de réduire les prestations là où elles sont le moins rentables, pour se concentrer sur les zones où il peut gagner davantage d’argent. Cela signifie délaisser les périphéries pour miser sur les villes.

Interview parue dans le quotidien 24Heures du 30 mai 2017