17.05.2017 / Articles / Politique des institutions et droit / démocratie, Démocratie chrétienne, Stratégie énergétique, Réforme prévoyance vieillesse, UDC, Parlement

in puncto... Tête et livre

Le professeur émérite d’économie Silvio Borner reproche au PDC et au PLR d’être un ramassis d’opportunistes qui politisent uniquement contre l’UDC. Il appuie sa thèse tranchée sur la stratégie énergétique, la mise en œuvre de l’initiative contre l’immigration de masse, la prévoyance vieillesse et, ce qui est plus surprenant, la réforme de l’imposition des entreprises, un projet purement bourgeois qui a clairement été rejeté par une majorité d'électeurs bourgeois. ll se pourrait que ce même peuple accepte la Stratégie énergétique. Pour la prévoyance vieillesse, la décision est attendue en septembre. Silvio Borner justifie de manière un peu incohérente ce soi-disant comportement du PLR et du PDC par des préparatifs de démissions, des objectifs de rentes ou de carrières des parlementaires. Sa propre carrière professorale a-t-elle été dénuée de toute ambition ?

Silvio Borner reproche au PLR et au PDC de ne pas être comme l'UDC. Il a raison. Car les attaques contre les bilatérales vont à l'encontre de l’économie. Mettre en cause les droits de l’homme n'est pas digne de la Suisse. « Assainir » la prévoyance vieillesse unilatéralement sur le dos des petites et moyennes entreprises et des petits revenus n’est ni social ni libéral. Le PDC refuse tout cela. Les réformes déséquilibrées sont rejetées par le peuple. Le PDC a appris cette leçon suite à la votation sur la RIE III. Elle est aussi valable pour la pour la prévoyance vieillesse. Après plus de vingt ans d’échec, c'est un pas nécessaire dans la bonne direction. Elle n’est pas parfaite, mais nécessaire. La stratégie énergétique est la conséquence de la décision de l'ancien conseiller national UDC Christoph Blocher de ne pas construire la centrale de Kaiseraugst et de renoncer aux autres centrales nucléaires en Suisse. Si le Parlement n’avait pas suivi alors l’UDC, la Suisse aurait aujourd’hui une centrale nucléaire fonctionnelle et sûre au-delà de 2050. Même l’UDC ne voulait pas « comme unique solution, des centrales nucléaires de quatrième génération qui implosent en cas de danger » (citation d’Albert Rösti).

Insinuer que les parlementaires ne se soucient que de leurs propres retraites, d'optimiser leurs retraits ou de ne penser qu'à leurs carrières relève du cliché. Comme si l’on reprochait au Professeur Silvio Borner des thèses erronées uniquement parce qu’il a perçu toute sa vie de confortables salaires payés par le contribuable et qu’il profite aujourd'hui d’une belle retraite aux frais de l’État. Je ne prétendrais jamais une telle chose. Mais les professeurs et les employés de l’État font justement partie des professions les plus honnies par l’UDC, le parti vénéré par Silvio Borner.

Le problème est tout autre : Silvio Borner oublie la démocratie directe, il oublie le peuple. Les partis ont dans notre pays des droits pour agir, mais ils doivent aussi en gagner lors des votations devant le peuple. Cela ne va pas si l'on réfléchit et décide en blocs figés. La réforme de l’imposition des entreprises était un exemple de collaboration parfaite au sein du camp bourgeois. Elle était trop parfaite. Nous avons exagéré. Les propositions unilatérales sont rejetées par le peuple. Les compromis ont généralement une chance. Le PDC travaille avec tous les partis qui souhaitent soutenir de tels compromis. Si l’UDC tend la main, ce sera également avec l’UDC. Mais ce parti le fait rarement. Car il sait que celui qui fait des compromis doit faire des concessions en faveur de la majorité. On gagne ainsi le plus souvent les votations, mais on pourrait perdre en profil et donc des élections. La thèse de Silvio Borner repose sur le fait qu’il pense comme l’UDC et qu’il reproche aux autres partis de ne pas penser comme lui et l’UDC. Si le peuple et le Parlement prennent une décision divergente de la sienne et de celle de l’UDC, c’est dû au Parlement et au peuple. Je trouve cela étonnamment peu critique envers soi-même de la part d’un professeur. On pourrait en effet se demander, de temps à autre, si l’on est réellement tous les jours le seul à avoir toujours raison ou si l’opinion d’autrui ne contient pas elle aussi une part de vérité. Peut-être lira-t-il, durant sa retraite bien méritée, le célèbre aphoriste allemand et grand homme des Lumières Georg Christoph Lichtenberg. Il disait : « Si une tête et un livre entrent en collision et que cela sonne creux, cela figure-t-il une fois pour toutes dans le livre ? ».