28.02.2017 Articles Formation et recherche Personnel infirmier, soins, infirmières, infirmiers, loi sur les professions de la santé

La qualité de nos soins est menacée par la pénurie du personnel infirmier

La pénurie du personnel infirmier menace la qualité des soins en Suisse. La hausse des effectifs de formation est réjouissante, mais le taux de couverture des besoins en soins, de 56 % uniquement, est problématique. L’attractivité de la profession d’infirmière et d’infirmier doit être repensée. La qualité de nos soins en dépend.

Depuis de nombreuses années, des voix tant politiques que du milieu de la santé s’élèvent pour faire entendre le risque de pénurie de personnel dans le domaine des soins infirmiers. En 2009, l’Observatoire suisse de la santé (OBSAN) dessine un état des lieux préoccupant, et des perspectives inquiétantes, pour la qualité de nos soins. Le 9 février 2014, l’acceptation de l’initiative « Contre l’immigration de masse » fait retentir la sonnette d’alarme. En effet, comment ne pas s’inquiéter lorsque l’on sait qu’en Suisse environ 40 % du personnel en soins infirmiers est étranger. Des solutions doivent être impérativement envisagées.

Besoins supplémentaires et besoins de remplacements

En 2010 déjà, le Masterplan « Formation aux professions des soins » apparaît comme une première réponse à la pénurie de personnel qualifié dans le domaine des soins. Ce rapport est le fruit politique de nombreuses interventions parlementaires, avec notamment une motion 11.3889 emmenée par le groupe PDC. Une nette augmentation des effectifs dans le domaine des soins et de l’accompagnement (+32 %), sur la période 2010 à 2014, est le résultat de plusieurs mesures dans le domaine de la formation. Si le bilan de ce Masterplan est donc réjouissant, force est de constater qu’il n’est pas suffisant. Cette augmentation ne semble être qu’un arbre qui cache la forêt. En effet, selon une étude de la CDS et d’OdASanté, l’activité de formation en Suisse ne couvre que 56 % des besoins annuels d’ici à 2025. Cette réalité est encore plus inquiétante pour les soins infirmiers du degré tertiaire avec une couverture qui atteint uniquement 43.1 % des besoins en personnel infirmier d’ici à 2025.

Les besoins en personnel infirmier sont le fruit de deux variables : les besoins supplémentaires et les besoins de remplacements. D’un côté, l’évolution démographique, le vieillissement de la population et la hausse des maladies chroniques sont des vérités connues et reconnues. Une hausse d’au moins 20 % des besoins en personnel de soins et d’accompagnement est probable d’ici à 2025. De l’autre côté, la durée de l’exercice professionnel, avec des départs à la retraite anticipé et des fins d’activités professionnelles prématurées gonflent les besoins de remplacement. Une étude de l’OBSAN arrive à la conclusion qu’un tiers du personnel infirmier de moins de 35 ans et plus de la moitié du personnel infirmer de plus de 50 ans ont quitté la profession. Le constat est simple : la hausse des formations dans le domaine de la santé ne peut pas combler ce fossé qui se creuse entre les besoins en soins et le personnel formé.

La loi sur les professions de la santé est un gage de qualité

Cependant, si la hausse des besoins supplémentaires dans le domaine des soins et de l’accompagnement est irrémédiable, il est évident qu’il est possible d’agir pour réduire drastiquement les besoins de remplacement. Ainsi, un raisonnement en profondeur doit être mené sur l’attractivité de la profession d’infirmière et infirmier.

Plusieurs pistes s’ouvrent pour revaloriser cette profession. Hausse des salaires, conciliation vie professionnelle et vie familiale, mesure de réinsertion professionnelle, interprofessionalité dans le domaine des soins et autonomie des infirmières et infirmiers peuvent être mentionnés.

Ce tableau succinct de la situation a pour objectif de peindre la réalité de la situation : une réalité inquiétante. Il est crucial, de se méfier aujourd’hui des arbres qui cachent la forêt. Oui, des mesures ont été prises pour encourager la création de places de formation. Oui, la loi sur les professions de la santé est un gage de qualité. Oui, des programmes et des mesures ont été, ou sont, entreprises. Mais, NON, ce n’est pas suffisant. La pénurie de personnel infirmier menace la qualité des soins en Suisse. Dorénavant, des mesures doivent impérativement être envisagées au niveau des besoins de remplacement. La profession d’infirmière et d’infirmier doit donc être repensée.

Dans cette optique, l’association suisse des infirmières et infirmiers (ASI) a lancé une initiative populaire fédérale « Pour des soins infirmiers forts (initiative sur les soins infirmiers) ». Le PDC soutient cette initiative populaire. Il est temps d’arrêter d’écouter l’alarme qui rugit, et d’intervenir avec des actions concrètes. La qualité des soins de toutes et tous en dépend.