23.01.2017 Articles Économie durable économie, Politique sociale, emplois, place financière suisse, Chômage, surendettement, RIE III

L’importance de l’économie dans le cadre de la politique sociale

« Le bonheur reste lié aux ressources matérielles » telle est une des conclusions du Rapport social 2016, étude se penchant sur le bien-être des Suisses, publiée au début du moins d’octobre. Un des auteurs de l’étude, le Professeur Dominique Joye, Professeur de sociologie à l’Université de Lausanne, relève que l’adage dit que l’argent ne fait pas le bonheur mais que son étude prouve qu’il y contribue en partie. Sans les soucis du quotidien liés aux problèmes financiers, poursuit-il, il est d’autant plus facile de se sentir bien, d’intervenir, d’interagir et de se sentir maitre de son destin. A l’inverse, plus vous êtes fragilisés dans votre travail, moins vous pourrez vous investir dans la vie de citoyen.

Cette étude montre aussi qu’il existe des éléments propres à un moment du cycle de la vie et d’autres qui sont liés à l’histoire d’une génération. Ainsi la génération des 35-44 ans serait, selon cette analyse, moins satisfaite que les autres. D’une part parce que 35-45 ans, c’est l’âge où il faut se battre pour assurer son poste et s’investir pour ses enfants ce qui peut générer un stress important mais aussi parce que les 35-44 ans d’aujourd’hui, ont ressenti de plein fouet de la crise de 1994-1995. Durant ces années, ils terminaient leurs études et devaient s’intégrer sur le marché du travail, une période beaucoup plus compliquée que celle des baby-boomers qui eux ont connu durant cette même période de leur vie le plein emploi.

Dans le même temps, le secteur bancaire annonce une perte de près de 3500 postes de travail entre fin juin 2015 et fin juin 2016 et le commerce de détail poursuit son recul (2,9 % en août 2016) pour ne citer que deux faits relatifs au secteur économique suisse. Dans le premier cas, l’Association suisse des banquiers annonce que ce n’est pas forcément un affaiblissement de la place financière suisse mais le résultat de la mutation structurelle du secteur alors que dans le deuxième cas, on annonce une baisse ininterrompue depuis janvier 2015.

Economie, emploi et politique sociale

Ces chiffres et ces constatations confirment au lecteur averti que l’économie, l’emploi et la politique sociale sont étroitement liés. L’érosion des marges, l’abandon du taux plancher et les investissements importants dans la numérisation et la robotisation ont des conséquences importantes sur l’emploi. On voit que la Poste teste les robots destinés à terme à remplacer les facteurs et même le domaine du santé-social générateur d’emploi et d’emplois de réinsertion avec le vieillissement de la population, n’est peut-être pas à l’abri de ce processus d’automatisation. Certains pays dont la France proche testent une nouvelle génération de robots domestiques qui, certains n’hésitent pas l’affirmer, vont transformer dans les dix années à venir le quotidien des personnes âgées, population destinée à exploser ces prochaines années. A Genève, le rapport sur la pauvreté que le Conseil d’Etat a enfin (!) transmis au Grand-Conseil montre une évolution préoccupante de la précarité dans notre canton. Ces quelques chiffres suffisent à le comprendre. Le budget de l’aide sociale est passé avec l’asile de plus de 195 millions à plus de 330 millions (budget 2017) soit une augmentation estimée à environ 70 %, ces dix dernières années. Le taux de chômage s’est établi en août à 5,5 %. 12'830 chômeurs inscrits (-0,6 % en un an) mais le nombre des demandeurs d’emploi augmente en revanche de 2,5 % en un an. L’année dernière plus de 10'000 personnes sont sorties du chômage. Pour le premier trimestre 2016, on nous en annonce plus de 8000. Les prestations complémentaires (AV/AI et pour les familles) ont bondi de 26 % (119,4 millions) entre 2010 et le projet de budget 2017. Elles atteindront plus de 570 millions en 2017. Il est également frappant de constater que suite à la hausse annoncée des cotisations des caisses-maladie, le montant du subside est plus élevé que celui de l’aide sociale (plus de 380 millions versus plus de 330 millions). La politique cantonale de lutte contre la pauvreté et l’exclusion offre un catalogue de prestations qui mériterait toutefois d’être renforcé notamment dans le cadre du plan cantonal de lutte contre le surendettement et aussi dans le cadre de la LIASI ( Loi sur l’insertion et l’aide sociale individuelle) qui met l’accent sur l’insertion professionnelle mais dont la récente évaluation a relevé des failles dénoncées par le PDC dans une motion qui sera bientôt traitée par la commission des affaires sociales. Ce rapport sur la pauvreté relève des éléments préoccupants. J’en cite quelques conclusions :

  • Si la présente étude confirme que le travail peut être un rempart contre la pauvreté et la précarité, elle rappelle qu’un emploi même à plein temps, ne protège pas nécessairement du risque de pauvreté, et souligne que la pauvreté laborieuse est un phénomène présent à Genève, qui est vraisemblablement appelé à augmenter ces prochaines années.
  • L’accroissement des inégalités salariales, démontrées par plusieurs indicateurs, s’il devait se poursuivre, engendrerait une augmentation du nombre de personnes se situant en-dessous du seuil de pauvreté.
  • En l’absence d’un changement de cap dans les politiques salariales, l’intervention de l’Etat pour remédier à la faiblesse des revenus du travail sera appelée à augmenter, faisant dans les faits peser sur les finances publiques une insuffisance découlant de l’évolution du marché du travail.
  • Il est nécessaire de lutter contre le désengagement de certains employeurs dont l’insuffisance des salaires versés dans certaines branches économiques est comblée par les diverses prestations sociales délivrées par l’Etat.

RIE III pour maintenir la prospérité des entreprises                

Ces quelques éléments destinés à alimenter notre réflexion viennent encore renforcer notre volonté de réussir la troisième réforme des entreprises RIE III. Le PDC déploie toute son énergie pour y parvenir. Nous ne rappellerons jamais assez que les sociétés à statut représentent quelques 22'000 emplois directs et quelques 61'000 emplois indirects. La baisse d’imposition résultante pour la plupart des entreprises du canton créera un dynamisme économique générateur de nouveaux emplois qui seront déterminants pour Genève. Le PDC voit la RIE III comme une chance unique d’améliorer l’attractivité économique du canton, de maintenir la prospérité de nos entreprises et d’aider nos concitoyens à concilier leur vie professionnelle et familiale par des mesures adéquates et concrètes.

 Oui, économie, emploi et politique sociale sont vraiment étroitement liés !