15.12.2016 Articles Santé système de santé, LaMal, assurance-maladie, Prestations

Notre système de santé: un diagnostic clair, mais une thérapie difficile

La loi sur l’assurance-maladie (LAMal), qui est entrée en vigueur en 1996, poursuivait trois objectifs : renforcer la solidarité, établir le catalogue des prestations (l’aide et les soins à domicile ainsi que les séjours dans les établissements médicaux-sociaux n’étaient pas des prestations obligatoires des caisses maladie avant cette loi) et réduire les coûts. Elle a rempli les deux premiers, raison pour laquelle elle est très appréciée de la population, mais les mesures de réduction des coûts ont du mal à prendre.

Pendant la première année de la LAMal, les assurances maladie ont payé 10 780 millions de francs de prestations, soit 1732 francs par assuré. En 2013, cette somme s’élevait à 28 milliards de francs, soit 3471 francs par assuré. Les coûts de l’assurance obligatoire des soins en cas de maladie ont donc doublé alors que l’indice suisse des prix à la consommation n’a augmenté que de 11,6%. Les principales causes de cette augmentation considérable des coûts sont les suivantes:

Causes politiques

Nous sommes le seul pays au monde dans lequel un assurance sociale obligatoire garantit une liberté de choix totale à tous les assurés et la liberté de thérapie aux prestataires. Cette double liberté est synonyme de coûts. De plus, les groupes d’intérêts peuvent empêcher certaines évolutions importantes en ayant recours aux référendums. Le projet concernant le Managed Care a ainsi été combattu avec succès et la menace de référendum des médecins contre le dossier électronique du patient a conduit à ce qu’il soit facultatif pour eux, même si les patients y sont favorables. Les structures fédérales provoquent une surabondance d’offres et un prétendu manque de médecins et de personnel soignant alors que leur nombre par habitant est très supérieur à ceux des autres pays européens. Le manque de personnel n’existe qu’en raison de nos exigences élevées envers le système de santé et du choix quasiment illimité. Les caisses maladie ne peuvent même pas intervenir lorsqu’un assuré consulte plusieurs médecins pour la même maladie.

Progrès médical

Les progrès de la médecine sont spectaculaires. Les possibilités de diagnostic et de thérapie s’améliorent sans cesse, ce qui se répercute sur les coûts. Les thérapies peuvent coûter plus d’un demi-million de francs par an pour les maladies rares, comme les troubles du métabolisme. Les transplantations cardiaques, de poumon ou d’intestin grêle coûtent entre 150 000 et 250 000 francs. Dans le cas du cancer, prolonger la vie de 35 jours peut coûter plus de 30 000 francs.

Évolution démographique

Nous avons la chance de pouvoir vivre plus longtemps si nous sommes en bonne santé. Le risque de souffrir de plusieurs pathologies, de démence sénile ou de la maladie de Parkinson à un âge élevé est donc d’autant plus important. Plus une personne avance en âge, plus les coûts de la santé moyens augmentent.

Des incitations qui vont dans le mauvais sens et des tarifs trop élevés

De trop nombreuses prestations ne sont pas appropriées sur le plan médical ou représentent tout simplement un gaspillage. Le nombre d’opérations du genou est nulle part aussi élevé qu’en Suisse. Tous les ans, les pharmacies se débarrassent de 500 millions de francs de médicaments que les patients n’ont pas pris alors qu’ils avaient été prescrits par un médecin et payés par les caisses.

Les innovations ne sont pas synonymes de baisse des prix

Dans la vie économique et privée, les innovations permettent en général d’améliorer l’efficacité et de baisser les prix. L’inverse se produit dans le secteur de la santé, les innovations augmentent toujours les coûts. Les gains d’efficacité liés au progrès technologique ne font pas baisser les prix, mais améliorent les revenus des spécialistes concernés. C’est notamment le cas dans les domaines de la radiologie, de la radiothérapie, de l’ophtalmologie, de la gastroentérologie et de la chirurgie ambulatoire. Les entretiens thérapeutiques avec les médecins, et notamment avec les médecins généralistes, sont par contre sous-estimés. Il semble que les partenaires en matière de tarifs ne parviennent pas trouver l’équilibre nécessaire. Le conseiller fédéral Alain Berset va intervenir afin de le créer sans pour autant augmenter les charges qui pèsent sur les assurés.

Freiner l’augmentation des coûts

Il n’est pas possible de réduire les coûts dans le secteur de la santé. Nous devons toutefois freiner leur augmentation. Je vois donc les optimisations suivantes:

  • financement identique des soins ambulatoires et stationnaires
  • transparence en matière de qualité et de rentabilité afin d’assouplir les contraintes liées au contrat
  • introduction du dossier électronique du patient afin d’éviter un excédent de soins et des examens multiples
  • meilleures possibilités de gestion pour les assurances maladie
  • renforcement du rôle des médecins généralistes et plus grande implication des pharmacies ainsi que de l’aide et des soins à domicile/des soins dans les soins de base
  • les assurés doivent mieux se prendre en charge/être plus responsables grâce au renforcement de la prévention et en encourageant les contrats de plusieurs années dans le cas de franchises à options

En fin de compte, tous les représentants des parties prenantes doivent toutefois être prêts à accepter des compromis afin que les réformes nécessaires passent le cap des référendums et soient acceptées par la population.