28.10.2016 Articles Politique extérieure CETA, politique européenne, in puncto

Parlons du… CETA

La NZZ a parlé d’un « véritable suspense » pour les négociations sur le traité de libre-échange entre l’Union européenne et le Canada. Le CETA était considéré jusqu’ici comme un galop d'essai relativement inoffensif en comparaison avec l'accord entre l'UE et les Etats-Unis, le TTIP, largement plus controversé dans le monde politique. Du moins, c'est comme ça que le voyait l'UE. Jusqu'à présent.

Car l'UE a décidé, dans une rare démarche démocratiques et fédéraliste, que l'accord n'entrerait en vigueur que si les 28 États membres, respecticement les Parlements l'approuvaient. L'UE ne s’est pas souvenue que l’organisation de certains États membres est un peu plus compliquée. Comme la Belgique. En Belgique, le cas est exemplaire : le CETA a été approuvé par le gouvernement fédéral, par les communautés flamande néerlandophone et germanophone, tandis que les autres régions et communautés linguistiques, en tête desquelles la Wallonie, le sud du pays francophone, ne soutiennent pas … ou pas encore l'accord. Mais la Belgique a besoin de l'accord de toutes les régions et toutes les communautés (NZZ online, 24.10.16.).

Et les Européens sont confrontés à un véritable problème : qu'est-ce qui est le plus important pour eux ? Les avantages économiques ou les règles démocratiques qu'ils ont eux-mêmes édictées ? Est-ce possible qu'une petite région en Europe fasse manquer à l'UE un accord économiquement important? Comme le petit village gaulois d'Asterix qui rendait la vie dure aux Romains ?

Nous aurons la réponse dans les prochaines jours. Pour nous les Suisses, c'est un cas intéressant. Il montre de manière exemplaire comment de nombreux petits pays dans l'UE ont effectivement des choses à dire quand il s'agit d'argent, un point essentiel pour Bruxelles. L'argument des partisans d'une adhésion de la Suisse à l'UE est soumis à l’épreuve. Pour eux, il serait toujours mieux de codécider plutôt que de rester en dehors. Nous allons voir avec le CETA le véritable pouvoir de codécision d’un petit État dans l'UE. A mon avis, l'Europe doit tout miser pour rester compétitive avec le traité de libre échange transatlantique avec la zone pacifique. Mais elle entre ici en contradiction avec elle-même. Je fais un pari : l'UE va pouvoir convaincre les irréductibles Wallons avec le plus efficace de tous les arguments européens : davantage d'argent de Bruxelles.