19.10.2016 Articles Climat & Environnement Sortie du nucléaire, Stratégie énergétique 2050, centrales nucléaires, énergie renouvelable

Non à l’arrêt immédiat et chaotique des centrales nucléaires

Le texte de l’initiative des Verts « Sortir du nucléaire » réclame l’arrêt prématuré de toutes les centrales nucléaires suisses. En 2017, c’est à dire une année après la votation populaire, les trois premières centrales devraient être débranchées du réseau. C’est un arrêt immédiat qui ne peut être qualifié que de chaotique. Seule la stratégie énergétique 2050 permet une sortie du nucléaire aux étapes soigneusement planifiées.

Une centrale nucléaire est une installation si complexe que son démantèlement en toute sécurité ne peut se faire en une année. Le démantèlement de la centrale de Mühleberg en est un bon exemple. La procédure d’octroi de la décision de désaffection de la centrale nucléaire de Mühleberg s’étalant sur plusieurs années, les Forces motrices bernoises (FMB) déposent une demande d’autorisation de désaffection en 2015, près de quatre ans avant la mise hors service définitive de la centrale en 2019. La question centrale dans ce long processus est bien entendu la sécurité, c’est en effet la priorité majeure. Le démantèlement d’une centrale nucléaire est un projet complexe et de longue haleine qui ne peut pas être achevé et mis en œuvre du jour au lendemain. Et c’est pourtant exactement ce que veut l’initiative chaotique des Verts. Il ne faut pas se fier au titre emberlificoteur de l’initiative « pour la sortie programmée de l’énergie nucléaire » qui n’est qu’un emballage trompeur. Car dans cette initiative, il n’y a rien de programmé.

Oui à la stratégie énergétique 2050

Celui qui souhaite vraiment une sortie planifiée du nucléaire devrait étudier sans plus attendre la stratégie énergétique 2050. La majorité du Conseil fédéral et du Parlement, avec la coopération active du PDC, a approuvé en septembre dernier le premier paquet de mesures de la stratégie énergétique 2050. Ce dernier interdit la construction de nouvelles centrales nucléaires, améliore l’efficacité énergétique, et garantit la production d’électricité sur le long terme sans nucléaire et issue d’énergies renouvelables indigènes. Contrairement à l’initiative des Verts, la stratégie énergétique propose une sortie du nucléaire sûre et planifiée.

Les exploitants investissent dans la sécurité

Encore une deuxième promesse trompeuse des initiants : ils promettent un démantèlement en toute sécurité des centrales grâce à une sortie du nucléaire fixée dans le temps. Cet argument est faux, car une sortie du nucléaire fixée dans le temps réduit la sécurité. Ce qui semble paradoxal peut facilement s’expliquer : aujourd’hui, les centrales nucléaires suisses bénéficient d’une autorisation d’exploitation à durée illimitée et peuvent demeurer en service aussi longtemps qu’elles sont sûres. Ce système présente un grand avantage, car les exploitants de centrales nucléaires ont tout intérêt à faire en sorte que leurs centrales soient fiables et rentables. Et c’est dans cette optique que les exploitants investissent régulièrement dans la sécurité et l’efficacité de leurs équipements. Si cela n’était pas fait de manière si minutieuse, l’Inspection fédérale de la sécurité nucléaire (IFSN) exigerait l’arrêt immédiat de la centrale. L’autorité suisse de surveillance nucléaire dispose de la compétence nécessaire afin d’appliquer de telles mesures d’urgences. 

Si les initiants utilisent l’instrument politique afin de limiter la durée d’exploitation des centrales nucléaires, cela veut dire que nous nous éloignons de la culture de l’investissement continu. La très haute sécurité atteinte aujourd’hui dans nos installations nucléaires, qui est bien supérieure à la norme exigée, serait alors clairement mise en danger. Si la date d’arrêt est fixée, c’est tout à fait logique que l’exploitant renoncera à investir dans sa centrale sachant que ses dépenses ne seront pas amorties.

Nous passons donc du concept de la révision régulière des équipements au concept, comme c’est le cas pour les voitures, de l’entretien occasionnel : nous n’investissons plus dans la sécurité maximale, mais nous laissons au contraire l’équipement se délabrer, jusqu’au moment où nous sommes convoqués au service des automobiles et de la navigation pour l’expertise du véhicule. Cette culture bancale de la sécurité peut éventuellement tenir la route pour les voitures, mais elle est totalement inacceptable et irresponsable pour les centrales nucléaires. Force est de constater que seuls les Verts souhaitent installer cette culture de la sécurité. Nous la rejetons vigoureusement !

Nous ne voulons pas d’un arrêt immédiat et chaotique des centrales de Beznau et Mühleberg et nous ne voulons pas une sortie précipitée de Gösgen et Leibstadt. Nous voulons que la sécurité soit assurée et c’est pourquoi nous rejetons l’initiative des Verts « pour une sortie du nucléaire ».