11.10.2016 Articles Politique des institutions et droit in puncto, Islam, valeurs, Religion, Terrorisme

in puncto… Israélisation de l’Occident

L’écrivain Leon de Winter décrit dans son remarquable essai « L’israélisation de l’Europe » (Das Magazin, no39, 1.10.2016) le défi posé par l’islamisme au monde occidental. Peu de monde aurait pensé, dans les années 90 du siècle dernier, que suite à la victoire du monde libre sur le socialisme nous vivrions un nouveau conflit idéologique.

Les attentats du 11 septembre 2011 contre le World Trade Center ont contredit la thèse erronée d’une « fin de l’histoire » pacifique défendue par Francis Fukuyama en 1992. La colère islamiste contre le monde occidental est due, pour de Winter, au fait que, depuis la chute de l’Empire Ottoman, le monde islamique n’a pas réussi à fixer sa propre identité sur une entité étatique. Il diagnostique la « chute irrémédiable » d’une culture qui fut grande autrefois. Le principe du califat, l’union de la foi et de l’Etat, est préjudiciable en premier lieu au monde islamique. Les attaques terroristes sont les derniers sursauts d’une culture en perdition et rattachée à des mythes précédents le Siècle des Lumières. Une tentative désespérée d’échapper à cette perte de sens.

Les enfants de l’auteur vivent à Tel Aviv, dans « l’œil du cyclone », au sein d’un pays entouré d’Etats dont les gouvernements lui sont hostiles, à des degrés divers. Israël est habitué à vivre avec le risque de la terreur. Les Juifs en Europe sont habitués à voir leurs synagogues, leurs écoles et leurs lieux de réunions très bien protégées contre les terroristes islamistes et ce, parce que l’Europe fait preuve de trop peu de détermination contre la terreur islamiste. En Israël les gens vivent « derrières les clôtures, les caméras et les soldats munis d’armes automatiques ». C’est le prix à payer face à l’incapacité et à la réticence de l’Islamisme de se réformer.

Nous ne vivons pas à Tel Aviv.  Mais la question se pose aussi en Suisse du prix que nous sommes prêts à payer pour nous défendre contre la haine de certains contre nos valeurs et notre modèle de société. Comment pouvons-nous nous protéger de potentiels terroristes ? Jusqu’à la chute du Mur, le monde occidental a défendu ses valeurs contre le socialisme. À l’époque, le prix à payer pour la liberté fut élevé : la course aux armements et la politique de dissuasion. Personne ne peut dire avec précision comment le monde occidental combattra son nouvel ennemi et le prix qu’il sera prêt à payer pour défendre ses valeurs et sa liberté. Il est possible que l’Occident apprenne de l’expérience israélienne. L’Occident devrait recommencer à se défendre et pourrait devenir selon de Winter « un seul grand Israël ». Je ne sais pas si cette appréciation est juste ou souhaitable. Mais le prix pour défendre la liberté sera à nouveau élevé, comme au temps de la guerre froide. La question est de savoir quelle hauteur le prix atteindra et si nous attachons la même importance aux valeurs et à la liberté que celle accordée par l’Etat d’Israël depuis sa création. C’était la seule manière pour Israël de survivre. L’Occident ne s’en sortira pas beaucoup mieux.