29.09.2016 / Articles / Economie / in puncto, Crise de l’euro, BNS, place financière suisse, emplois

in puncto... investissements

La crise de l’euro a conduit à une appréciation massive du franc suisse. La BNS a dû et doit encore faire face à des choix difficiles, dans lesquels la politique ne doit pas s’immiscer. Cependant, elle n’a pas d’autre choix lorsque l’exportation subit d’importants désavantages compétitifs et que des emplois disparaissent ou sont délocalisés à l’étranger.

Je soumets au débat deux idées qui, si elles ne résoudront pas directement ces problèmes, sont à même de garantir l’avenir et la compétitivité du pays et de financer les investissements nécessaires à la Suisse en ces temps difficiles: une politique budgétaire tournée vers l’avenir et un fonds générationnel.

D’une part, nous avons des taux d’intérêt extrêmement bas et le budget fédéral à présenté des excédents en dépit des pronostics au cours des dernières années. Les lois prescrivent que ces excédents soient affectés à la réduction de la dette. En Suisse, la dette est relativement faible. Alors ne serait-il pas plus pertinent d’utiliser une partie de ces excédents pour des investissements à long terme? Nous avons des besoins d’investissement dans de nombreux domaines. Il serait plus utile aux générations futures de préserver la compétitivité du pays pour le 21e siècle que de payer un intérêt très bas pour une dette moindre. Bien évidemment, ces investissements devraient passer par un fonds. Il est nécessaire qu’ils échappent à l’influence directe de la politique qui, le plus souvent, pense à court terme. Et bien évidemment, il faudra des règles qui tiennent compte de l’évolution des taux et de celles des finances publiques.

D’autre part, nous devrions réfléchir à la création d’un fonds générationnel alimenté par les excédents du bilan de la BNS. La Suisse possède un atout majeur que les autres pays nous envient: le franc suisse. En s’appuyant sur sa monnaie forte, la BNS devrait se concentrer davantage sur l’acquisition d’actifs réels étrangers, dans une optique de rentabilité, c’est-à-dire investir à l’étranger dans des valeurs réelles. Le fonds devrait appartenir à la BNS, tout en étant administré par une direction séparée, et serait alimenté par les réserves de devises excédentaires. En partie seulement, naturellement, pour garantir en permanence à la SNB la marge de manœuvre nécessaire. Ce fonds générationnel constituerait un fonds d’investissement stratégique pour la Suisse, géré indépendamment de toute influence politique – et de manière éminemment professionnelle. À Singapour et en Norvège, des procédés similaires on été couronnés de succès, alors pourquoi pas en Suisse? Ce fonds nous permettrait d’assurer nos institutions sociales et d’investir dans des projets porteurs d’avenir: infrastructures, formations, etc.

Bien entendu, les critiques ne se feront pas attendre: on demandera, par exemple, si les risques ne sont trop élevés. Il est évident qu’il faut encore de la réflexion, qu’il faut encore de nombreux débats. Mais la place économique et financière suisse possède déjà un savoir-faire inégalé en en matière de financements, d’investissements et de private equity, qu’il serait bon d’utiliser davantage pour la politique et les défis auxquels elle fait face. Ainsi, il y a des idées dont il faudrait débattre, par exemple la possibilité d’assurer plus durablement nos institutions sociales en utilisant davantage l’expertise de l’industrie financière.

Si la Suisse n’avait pas toujours eu le courage de lancer des projets nouveaux et ambitieux, elle ne serait pas ce qu’elle est aujourd’hui: l’un des pays les plus prospères et compétitifs au monde. Perdre ce courage, ce serait perdre également notre position de leader.