08.09.2016 Articles Politique extérieure in puncto, Union européenne, Fiscalité

in puncto... Apple en Irlande et l’Irlande dans l’Union européenne

Pendant longtemps en Irlande, la pauvreté et l’absence de perspectives ont fait de ce pays européen une terre d’émigration. La Grande Famine du milieu du 19ème siècle a causé la mort d’un million de personnes et la fuite de deux millions d’Irlandais. L’Irlande du 21ème siècle fait partie de l’UE, est un pays prospère et a su tirer le meilleur parti de sa situation. Une des clés du succès de cette île s’explique par une politique fiscale habile. La globalisation a fait le reste. Ce petit pays a comblé ses lacunes par des avantages compétitifs.

L’Irlande profite des grandes multinationales. Elles créent des places de travail – certes pas aussi nombreuses qu’elles le pourraient. Elles paient des impôts – pour la Commission européenne pas autant qu’elles devraient. Pour cette dernière Apple est un vil fraudeur fiscal qui s’est vu infliger une amende de 13 milliards d’euros. Cet argent devrait retourner dans les caisses de l’Etat irlandais. Mais Apple refuse de payer l’amende, un montant pourtant financièrement supportable, et l’Irlande ne veut pas de cet argent qui correspond pourtant à 21 % de ses recettes fiscales annuelles (FAZ online. 4.9.16).

Je trouve ce cas illustratif de la manière dont l’UE traite un petit Etat membre lorsque celui tient tête à ses partenaires plus grands. Un argument souvent entendu ici chez les partisans de l’adhésion à l’UE : en étant membre, la Suisse pourrait participer aux prises de décisions. C’est manifestement faux. Au sein de l’UE, l’Irlande comme la Grèce n’ont pas leur mot à dire. Les grands pays de l’UE n’ont aucune peine à punir la politique fiscale intelligente des Irlandais et récompenser le laisser-aller budgétaire des Grecs. La justice, l’égalité et la solidarité sonnent ici comme des mots creux au service du pouvoir. Mais si les Grands de l’Europe ont face à eux un interlocuteur plus puissant ou dont ils sont tributaires, leurs grands principes ne comptent plus. Nous l’avons vu sur la crise migratoire vis-à-vis de la Turquie, sur l’occupation de l’Ukraine envers la Russie et de manière générale vis-à-vis des Etats-Unis. Pas étonnant que les chefs d’Etat de ces pays ne prennent plus vraiment l’UE au sérieux.