25.05.2016 Articles Service public & transports Entreprises, économie, salaires

L’initiative «Pro Service public» est dangereuse pour les employés du service public

L’initiative «Pro Service Public» vise la Poste Suisse, les CFF et Swisscom. Les trois entreprises sont des partenaires sociaux de longue date du syndicat transfair, il est donc de notre devoir de nous engager en faveur des salariés de ces entreprises. C’est pour cela que je suis ici aujourd’hui. Car d’un point de vue syndical, l’initiative ne menace pas seulement la desserte de base en Suisse, mais elle est également dangereuse pour les salariés du service public.

Il ne faut pas oublier que la Poste, Swisscom et les CFF sont des employeurs importants, présents dans toute la Suisse. Quelque 100'000 personnes perçoivent chaque mois leur salaire d’un de ces trois géants. Ce n’est pas pour rien qu’en tant que syndicat, nous tenons compte des conditions économiques et de la nécessité d’une croissance saine chez nos partenaires sociaux. Ainsi, nous protégeons et sauvegardons ces 100‘000 emplois. En revanche, si les entreprises n’ont plus le droit de faire du profit, l’argent pour les innovations et les investissements – comme par exemple dans le domaine des ressources humaines, sous forme de soutien à la formation continue – va faire défaut. A long terme, il y a ainsi un risque de suppression de milliers d’emplois.

De plus, les entreprises proches de la Confédération ne sont pas seulement des employeurs importants, mais également attrayants. La plupart des salariés de la Poste, des CFF et Swisscom bénéficient de conventions collectives de travail. Ces dernières garantissent des conditions de travail bien supérieures au minimum légal. Et c’est une bonne chose, car les entreprises proches de la Confédération doivent continuer à jouer un rôle de modèle en ce qui concerne leurs relations avec le personnel !

Toutefois, les conventions collectives de travail ne sont pas gravées dans le marbre. Après quelques années, elles font régulièrement l’objet de nouvelles négociations entre nous et les entreprises. Si une entreprise n’a pas le droit de réaliser des bénéfices, il nous sera impossible de défendre les bonnes conditions de travail actuelles.

Parlons des salaires. Le texte de l’initiative dit : « La Confédération veille à ce que les salaires et les honoraires versés aux collaborateurs de ces entreprises [il est ici question de toutes les entreprises ayant un mandat légal dans le domaine de la desserte de base] ne soient pas supérieurs à ceux versés aux collaborateurs de l’administration fédérale. » Cela vaut pour l’ensemble du personnel. Ici aussi, l’initiative menace les acquis syndicaux. Car les systèmes salariaux et structures salariales d’une entreprise font partie du partenariat social. Dans nos négociations, nous veillons entre autres à ce que la structure et le niveau des salaires soient conformes à la branche en question. Il est insensé de vouloir adapter, par exemple, la structure salariale d’une entreprise ferroviaire à celle d’une entreprise de l’administration. Les plafonds salariaux ainsi créés affaibliraient énormément les entreprises lorsqu’il s’agit de trouver du personnel qualifié, cela compliquerait notamment le recrutement de spécialistes. Ce n’est en tout cas pas ce que nous voulons. Les entreprises proches de la Confédération doivent rester des employeurs attrayants. Et les salariés doivent bénéficier de salaires conformes à la branche. Toute autre manière de faire serait absurde et inacceptable, d’un point de vue syndical.

Par ailleurs, ce sont justement les bons salariés qualifiés qui contribuent de manière déterminante à un bon service public. Si les entreprises ne sont plus en mesure d’offrir des conditions de travail attractives, elles perdent les bons salariés qualifiés, au détriment de la qualité du service public.

Encore un point que nous ne devons pas oublier : beaucoup de caisses de pension vont mal. En cas d’importante sous-couverture, l’employeur et les salariés sont tenus de financer l’assainissement de leur caisse. Grâce à ses bénéfices notamment, les CFF ont été en mesure de verser des contributions d’assainissement se chiffrant en millions, ces dernières années. La santé de la caisse de pension de la Poste n’est actuellement toujours pas stable, des mesures complémentaires s’imposent. Si l’entreprise ne réalise aucun profit, les salariés devront passer à la caisse à plus forte raison – ou la prévoyance vieillesse sera sérieusement mise en péril. Aucune des deux options n’est envisageable.

Pour transfair, il est évident que le « Pro » dans le titre de l’initiative signifie en réalité « Contre ». Car l’initiative est dirigée contre les salariés du service public et contre les entreprises auxquelles nos membres s’identifient fortement. C’est pourquoi, dans l’intérêt du service public et de ses collaborateurs, l’initiative doit être rejetée.