03.03.2016 Articles Santé

Qui donc peut prétendre être parfait ?

A la mi-juin de l’an dernier, le peuple suisse a voté sur une modification de l’article constitutionnel relatif à la procréation médicalement assistée et au génie génétique dans le domaine humain. Le peuple a adopté la modification. Un an plus tard, nous votons à nouveau sur le diagnostic préimplantatoire, mais cette fois il s’agit de la loi fédérale sur la procréation médicalement assistée. Je suis contre cette modification inhumaine de la loi. 

Dans le contexte du diagnostic préimplantatoire (DPI) – une procédure de sélection entre une vie valable et une vie sans valeur – il se pose la question suivante : quel bébé peut prétendre à la perfection ? A l’origine, le Conseil fédéral ne voulait autoriser le DPI que pour les couples présumés porteurs de maladies héréditaires graves. Le Parlement est allé beaucoup plus loin. Ce que permet désormais la loi fédérale sur la procréation médicalement assistée (LPMA) est inhumain. Au premier soupçon d’une maladie potentielle, la sélection est faite entre une vie valable ou une qu’il n’est pas. Qui porte la responsabilité en cas d’erreur d’appréciation ?

Le droit à une vie sans maladie ? 

La LPMA soulève d’importantes questions sociétales. Je suis reconnaissant qu’il en soit ainsi. Nous devons nous poser les questions suivantes. Y a-t-il un droit à une vie sans maladie ? Y a-t-il un droit à une vie sans handicap ? A mes yeux, la dignité humaine est valable dans la même mesure pour tous les êtres humains. Cela inclut précisément les personnes qui ne semblent pas être parfaites. 

En tant que membre de la coprésidence du comité interpartis « NON à cette loi sur la procréation médicalement assistée », je respecte la décision populaire du 14 juin 2015 en faveur de l’introduction du DPI dans notre pays. A mon sens, la loi de mise en œuvre présentée par le Parlement va toutefois trop loin. Je regrette qu’il n’y ait pas de débat étique approfondi sur la procréation médicalement assistée.

Il nous faut aussi parler des bébés à la carte

Juste pour être clair : je ne m’attaque aucunement au principe de la recherche dans le domaine de la médecine reproductive. Il reste que la recherche doit être éthiquement défendable, et ce, tout particulièrement au vu des possibilités de la manipulation génétique. Car si nous parlons de la médecine reproductive, nous ne pouvons pas nous contenter d’évoquer seulement la recherche contre les maladies, il nous faut aussi aborder le sujet des bébés à la carte. Les efforts entrepris en vue de pouvoir commander un bébé à la carte ne sont éthiquement pas défendables. Cela signifierait clairement que l’humanité s’égare un peu plus sur la mauvaise voie. Mais l’admission du DPI, tout comme la LPMA, tendent dans cette direction et lancent un mauvais signal, un signal contraire au principe d’une société humaine. 

Il ne fait aucun doute que la mission de la politique et de la société est d’intégrer les personnes en situation de handicap dans la vie quotidienne et non de leur barrer la route, voire de les éliminer. C’est pourquoi je dis clairement NON à la loi sur la procréation médicalement assistée.