23.02.2016 Articles Migration

La dictature en Erythrée : tout espoir d'ouverture n'est pas impossible

Sur les 106 000 personnes qui ont entamé une procédure d’asile en Suisse, 30 600 sont originaires d’Erythrée selon les statistiques en matière d’asile 2015. Mal connu, ce petit pays représente près de 29% des demandes d’asile en Suisse. Pour mieux comprendre cet exil massif et tenter d’y remédier, je me suis rendu sur place à titre personnel au début février et j’ai rédigé un compte rendu dont voici un bref résumé. 

Plusieurs rapports accablent le régime érythréen : absence d’élection nationale, arrestations sans inculpation, persécution des chrétiens, emprisonnements sans raison ni durée claires et une militarisation de la société avec un service militaire qui dure parfois jusqu’à 20 ans ! L’Erythrée a expulsé presque toutes les ONG du pays et subit de fait depuis 2006 les sanctions des Nations-Unies. 

C’est pourquoi beaucoup de jeunes Erythréens émigrent. En invoquant le risque d’une incarcération arbitraire, ils obtiennent quasiment systématiquement l’asile en Suisse, comme dans tous les pays européens.

Un régime dictatorial

Au plan politique, le régime est dictatorial, sans Constitution en vigueur, sans Parlement, sans opposition, sans presse indépendante et sans élection nationale. En place depuis l’indépendance, en 1993, le gouvernement a imposé un système d’inspiration maoïste, à la fois égalitaire et dirigiste. L’écart de salaire maximum va de 1 à 8. Les soins médicaux et l’éducation sont gratuits. Un service militaire de 18 mois est obligatoire, puisque le désaccord frontalier avec l’Ethiopie est à l’origine d’une situation de « ni guerre, ni paix » qui dure depuis 16 ans. 

Dans mes nombreuses rencontres, j’ai constaté la présence d’un grand tabou autour des sujets « politiques ». Les portes des prisons et des camps militaires nous sont malheureusement restées closes. Malgré tout, j’ai pu me déplacer sans entrave et parler librement et sans témoin aux habitants. 

15e pays le plus pauvre

Sur le plan économique, malgré ses richesses minières, le pays est le 15ème pays le plus pauvre du monde. Les salaires suffisent à peine. Les perspectives d’une vie meilleure sont quasi nulles. Ce constat m’incite à penser que de nombreux Erythréens migrent aussi pour des raisons économiques. 

Des signes d’ouverture

J’ai été positivement surpris de voir des signes d’assouplissement du régime dirigé d’une main de fer par le gouvernement d’Issayas Afeworki. Le gouvernement a annoncé vouloir augmenter les salaires en 2016. Le 12 février dernier, pour la première fois en huit ans, des experts des Nations-Unies ont pu visiter une prison. Et les visites de délégations étrangères s’enchaînent : Allemands, Scandinaves, Britanniques, Suisses. Malgré leurs réticences, le pays donne des signes d’ouverture. A nous de saisir cette chance ! 

La recherche de solutions

Que pouvons-nous entreprendre ? La situation en Erythrée préoccupe depuis longtemps le PDC. Mon collègue Gerhard Pfister a déposé un postulat auprès du Conseil fédéral lui demandant de rédiger un rapport complet sur la situation en Erythrée. Le Conseil fédéral s’est engagé à proposer un rapport complet sur la situation dans ce pays. 

La Suisse pourrait aussi envoyer une délégation officielle pour approfondir cette visite privée, intensifier sa présence diplomatique sur place, aider à résorber le différend avec l'Ethiopie, étoffer ses programmes de coopération. 

La question du retour des migrants

Quant au thème du retour des migrants, un sujet délicat et sensible, il mérite d’être discuté de manière sereine et objective. Que savons-nous aujourd’hui ? Face au gouvernement d’Asmara qui prétend qu'ils ne seraient pas inquiétés, et pour dépasser les simples déclarations verbales, il est nécessaire d’examiner quatre pistes :

  1. la Suisse doit se coordonner avec les autres Etats européens pour être efficace
  2. des observateurs doivent vérifier l’absence d’atteintes aux droits de l’homme
  3. pouvoir proposer une somme de réinsertion aux migrants souhaitant rentrer chez eux
  4. signer un accord entre la Suisse et l’Erythrée permettant, dans certains cas, des retours au pays.

Ce voyage m’a rendu confiant : tout espoir d’ouverture du régime d’Asmara n’est pas perdu !