13.01.2015 Articles Le PDC Religion

Tuer au nom de Dieu ?

L’attentat de Paris n’est pas une affirmation de l’Islam, si on fait l’effort d’apprendre cette religion et si on la prend dès lors au sérieux. En revanche, cet acte de barbarie reproduit un schéma universel et éternel, le meurtre au nom de Dieu.

A un moment ou l’autre de leur histoire, toutes les religions ont été impliquées dans ce détournement spirituel. Et la guerre devient alors absolue, puisqu’elle ne se limite pas à un conflit d’intérêt, mais devient une croisade, laïque (le communisme, le nazisme) ou religieuse (Saint-Barthélemy, guerre de Kappel, djihad, etc). Du XVIe au XVIIIe siècle, l’Europe a été le théâtre de cette folie. Son ultime avatar en Suisse est l’odieux article constitutionnel interdisant la construction de minarets. La majorité du peuple suisse, qui ne pratique plus aucune religion, ne supporte pas qu’une autre tradition surgisse en son sein.

Il est donc nécessaire de clarifier, de vérifier et de purifier ce que les hommes appellent religion. Et cela vaut pour toutes les confessions, y compris le christianisme avec ses différentes chapelles. Le critère d’une fausse religion est sa prétention à être unique. La marque des vraies religions est la tolérance, l’humilité et le respect des autres confessions. Il faut que chaque croyant reconnaisse que tout autre croyant lui est semblable, ni inférieur, ni supérieur, mais autre, inscrit dans une tradition différente. Il n’est donc pas nécessaire ou essentiel de le convertir. La personne qui prétend avoir une ligne directe avec le Ciel est au bord de la folie et peut devenir meurtrière avec la meilleure conscience du monde. Elle finit par croire qu’elle garantit son salut éternel en envoyant les infidèles dans l’autre monde.

Ceci vaut aussi pour ce qu’il faut bien appeler des religions laïques, qui nient la transcendance, et la remplacent par une idéologie : le racisme, la nationalisme, le marxisme, le productivisme, l’écologisme. Les sociétés évoluées négligent par trop leur hygiène spirituelle. Par un paradoxe révélateur, elles sont souvent crédules face à des superstitions grossières comme l’horoscope, la numérologie, la voyance, la télépathie, la géomancie, l’imposition des mains par un rebouteux. Férues de rationnel, elles succombent au déraisonnable. Et elles suscitent en leur sein des jeunes affolés par leur vide spirituel. Ce sont eux qui se jettent dans le djihad en désespoir de cause.

(Article paru dans L'Hebdo, Edition spéciale, 8 janvier 2015)