12.01.2012 Articles Sécurité paix, Suisse, neutralité

Assurer la paix du continent, non seulement par l’exemple mais aussi par l’action

La paix n’est pas une denrée qui s’achète gratuitement sur le marché diplomatique. Il ne suffit pas que des ambassadeurs se rencontrent dans des enceintes distinguées pour qu’à force de parlotes, les peuples décident de ne plus se battre. On peut y discuter des modalités de la paix, des avantages consentis par les battus aux vainqueurs, mais on ne décrète pas la paix si les peuples n’en veulent pas.

La neutralité armée

Le peuple suisse a voulu la paix depuis très longtemps. La Suisse évolue vers la neutralité depuis quatre siècles. À l’issue de laguerre de Trente ans, aux traités de Westphalie en 1648, l’empereur germanique et les différentes puissances européennes reconnaissent l'indépendance de la Confédération helvétique. Au traité de Paris de 1814, la Suisse fait reconnaître sa neutralité et l’inviolabilité de son territoire par les vainqueurs de Napoléon. Grâce à sa neutralité armée, la Suisse a échappé aux trois conflits franco-allemands de 1870, 1914 et 1939. Concrètement elle a garanti, grâce à une armée crédible, que son territoire serait interdit à tout mouvement tournant des belligérants.

Cinquante ans de paix

C’est le pays de la paix perpétuelle où il fait bon se mettre à l’abri, sa personne comme sa fortune. On peut y penser à des choses importantes, vivre heureux au milieu de sa famille, travailler avec plaisir, se cultiver, prendre de l’exercice, tâter de tous les vins. Et regarder avec horreur sur l’écran de télévision la folie des autres peuples.

Avons-nous gagné pour toujours? Rien n’est jamais acquis à l’homme définitivement. La guerre peut toujours se rallumer et envahir les pays qui n’en veulent pas. Si l’Europe échouait - ce qui n’est pas impossible – la logique massacrante de l’histoire se remettrait en route. Aussi invraisemblable que cela puisse paraître aujourd’hui, Français et Allemands recommenceraient à se quereller pour des raisons sordides. On est tellement habitué à la paix en Europe depuis cinquante ans que l’on ne se rend pas compte que c’est un moment privilégié de l’Histoire. Le modèle de la Suisse a inspiré tout un continent. La paix devient la norme plutôt que la guerre considérée maintenant comme une très vilaine habitude.

Au balcon de l’Histoire

Si la guerre revenait troubler l’Europe, la Suisse n’en serait pas responsable. Elle n’aurait rien fait pour la susciter. Mais aussi rien fait pour l’abolir. Elle aurait les mains propres parce qu’elle n’a pas la main dans cette affaire. Elle est au coeur de l’Europe, mais pas en son sein. Elle ne s’est pas engagée dans ce gigantesque mouvement de pacification. Elle est demeurée au balcon de l’Histoire, comme une spectatrice des peines infinies des peuples de l’Europe pour construire des institutions vivables. Or ces institutions existent: ce sont celles de la Confédération helvétique. La question de la paix n’est donc pas de savoir si la Suisse doit rejoindre l’Europe mais si l’Europe doit rejoindre la Suisse. Ne nous demandons pas ce que l’Europe peut faire pour nous mais ce que nous pouvons faire pour l’Europe, c’est-à-dire pour la paix du continent.