23.01.2009 Articles Le PDC

Votation du 8 février : tout ou rien !

Taillé sur mesure. Les accords bilatéraux conclus avec l'Union européenne (UE) forment un dispositif règlementaire taillé sur mesure. D'un traité sur le charbon et l'acier signé sur les débris encore chauds de la deuxième guerre mondiale au traité de Maastricht, du "machin" du Général De Gaulles à la communauté économique européenne, en passant par le rêve d'Etats-Unis d'Europe, l'UE est devenue une puissance économique de première ordre sur l'échiquier international ; une puissance économique avec laquelle nous entretenons des relations privilégiées ; c'est notre premier client en termes d'échanges commerciaux et économiques. Des relations qui sont essentielles pour la vitalité et la croissance de notre économie.

Des milliers d'emplois dépendent de nos exportations vers l'Union européenne

Les exportations font la force de notre économie. Lorsque la masse de nos exportations s'envole, c'est toute notre économie qui respire ; car des milliers d'emplois - et non pas uniquement les entreprises exportatrices, mais également leurs sous-traitants et fournisseurs - dépendent de nos exportations qui ont pour destination les pays membres de l'UE. Notre premier client, le premier client de nos entreprises qui exportent, c'est l'Union européenne. Chaque jour, 1 milliard de francs sont échangés avec l'UE et 1 franc sur 3 de notre produit intérieur brut (PIB) est réalisé dans l'UE. Les économistes estiment que les accords bilatéraux - et notamment, la libre circulation, ont ainsi permis de générer ces trois dernières années plus de 250'000 emplois en Suisse.  

La voie bilatérale : un success story helvétique

Lors de la campagne sur les accords bilatéraux, les opposants nous promettaient une descente en enfer ; une descente accompagnée d'un plombier polonais, et rythmée par des baisses spectaculaires des salaires et une vague d'immigration massive. Sept ans après l'entrée en vigueur des accords bilatéraux (1er janvier 2002), on peut parier au retour de ces arguments boiteux et qui transpire le populisme : le plombier bulgare aura remplacé le Polonais et les Roumains envahiront nos rues, semant la terreur ici et là. Ce que l'on oublie, c'est que la Roumanie et la Bulgarie sont des économies en devenir qui affichent des taux de croissance de l'ordre de 6 % ! Et puis, si on revient aux arguments de la campagne de 2000, force est de constater que la pression sur les salaires n'a pas eu lieu ; tout comme le fait que les plombiers de l'Est n'ont pas remplacé nos plombiers suisses !

Au contraire, la forte croissance de l'économie suisse au cours de ces dernières années témoigne du net succès rencontré par les accords bilatéraux et par la voie bilatérale. Avec le bilatéralisme, nous avons trouvé un chemin qui nous permet d'aller de l'avant ; ce n'est pas toujours facile, car il y a un développement législatif constant au sein de l'UE, alors que le bilatéralisme est un système statique, mais nous avançons. Et c'est le plus important.  

Un référendum qui dessert les intérêts de notre pays, de notre économie et de nos emplois

Mais voilà, ce succès, les jeunes UDC, les Démocrates suisses et la Lega dei Ticinesi, ainsi que l'organisation Young4Fun, ne le reconnaissent pas ; et ils ont pensé qu'en lançant un référendum sur la reconduction et l'extension des accords bilatéraux, ils rendraient service à notre pays, à notre économie et à nos emplois. Un NON le 8 février 2009 serait une monumentale erreur. L'UDC l'avait d'ailleurs bien compris et s'était opposé, dans un premier temps, à ce référendum. Mais voilà, dans ce parti, on est devenu expert dans le retournement de veste ; pris entre le marteau et l'enclume, entre une idéologie qui a atteint ses limites et les réalités et intérêts économiques qu'il prétend défendre, le tour d'équilibrisme auquel s'adonne l'UDC devient de plus en plus périlleux. Si périlleux que ce parti est prêt à mettre en danger une économie entière et des milliers d'emplois, au nom d'une idéologie soi-disant vouée à défendre notre pays et ses valeurs. Vraiment ?  

Le 8 février 2009, un OUI clair et fort !

Les initiateurs du référendum prétendent que nous pouvons reconduire les accords bilatéraux, sans devoir étendre la libre circulation aux deux nouveaux membres de l'UE. C'est impossible. Non seulement sur le plan politique, mais aussi en regard des engagements que nous avons pris et que le peuple a votés en 2000. Il suffit de lire les traités signés : un NON rendrait automatiquement caduc la totalité des accords bilatéraux. Et puis, nul besoin de tergiverser longtemps : l'Union européenne est désormais composée de 27 membres, et non  25. Les accords bilatéraux concernent tous ses membres ou aucun d'entre eux ; il n'y a pas de troisième voie. C'est comme si nous prétendions que l'abonnement CFF est valable dans 24 cantons, mais pas dans les 26. C'est absurde. Nous devons respecter ce fait, comme l'UE respecte le fait que nous soyons donc composés de 26 entités.

Le 8 février 2009, nous sommes donc appelés à dire si OUI, à la reconduction des accords bilatéraux et à leur extension aux nouveaux membres de l'UE. Un NON rendrait automatiquement caduc la totalité des accords bilatéraux. Un NON signifierait le retour de barrières, de contrôles et d'autorisations plus pointus de la part de nos voisins. Ce serait la fin des économies réalisées grâce à la suppression des obstacles techniques au commerce, qui représentent entre 200 et 250 millions de francs par an. Ce serait la fin du développement de notre matière première : la matière grise. En effet, nos chercheurs ne pourraient plus participer aux projets et programmes communautaires. Est-ce cela que nous voulons ?

Alors si le référendum a abouti d'extrême justesse, le résultat de cette votation devra également être d'une extrême justesse. Un OUI, clair et fort. Car pour cette votation, le résultat se réduira à une simple équation : c'est tout ou rien !

Auteur

Pierre-François Unger

Text Ancien conseiller d'Etat (GE)